Bataille de Ponte Novu (8 au 9 mai 1769) entre l'armée française du comte de Vaux et les troupes nationalistes corses de Pascal Paoli

12 faits marquants de l’Histoire de Corse, de la Préhistoire à notre époque

7 minutes de lecture 11858 vues

L’Histoire de la Corse est étroitement liée à sa position centrale dans le bassin méditerranéen. Tantôt envahie et (jamais vraiment) soumise, tantôt combattante et révoltée, l’île de Beauté a subi de multiples tourments avant de devenir la terre riche en contrastes qu’on connaît aujourd’hui. Invasions, occupations, révolutions, luttes pour l’indépendance… Un petit voyage dans le temps s’impose.

La construction des mégalithes

De nombreux trésors de l’antiquité sont disséminés sur le territoire corse. Les mégalithes (dolmens) conservés dans le Sartenais, la vallée du Taravo ou le site archéologique de Filitosa font notamment la fierté des habitants de l’Ile de Beauté et la curiosité des archéologues. Construits entre 4000 et 2000 av JC, ces monuments originaux faits de grandes pierres sont à l’époque dressés pour célébrer les défunts, inhumés dans des coffres avant d’être placés à l’intérieur des dolmens. Ils témoignent de la présence d’une civilisation élaborant son propre mode de vie et ses propres techniques funéraires.

Le site archéologique de Filitosa en Corse-du-Sud. Photo Braucher sur Wikipedia.

Entre 2500 et 2000 av. J-C apparaissent également plus de 80 statues-menhirs anthropomorphes parfois sexuées ou armées d’épées. Si certains archéologues suggèrent qu’il s’agit de représentations d’ennemis morts au combat, d’autres y voient tout simplement celles de personnes défuntes ou de divinités. Une chose est sûre, ces vestiges apportent une richesse exceptionnelle au territoire corse.

Les razzias et la naissance du blason à tête de maure

L’Ile de Beauté est à maintes fois victime de razzias au cours du Moyen-âge. Dès le Ve siècle et jusqu’au XIe, les Vandales puis les pirates barbaresques font le chemin depuis l’Afrique du Nord dans le but de piller les réserves des villages corses et de capturer hommes et femmes pour en faire des esclaves… Les guerriers Corses tentent comme ils peuvent de combattre les envahisseurs Maures, Vandales et Ostrogoths.

On raconte alors que les Corses décapitaient leurs ennemis et arboraient leur tête en haut de longues piques afin de les dissuader de continuer. Mais les Maures ne sont vraiment chassés que plus tard, par l’action conjointe des Pisans et des Génois.

La Testa Mora sur le drapeau Corse. Photo WejPhotos sur Flickr.

Il existe une seconde explication à l’apparition de la Tête de Maure sur le drapeau corse. Lorsque le Pape Boniface VIII confie, en 1297, la direction de la Corse et de la Sardaigne au Roi d’Aragon, ce dernier décide d’arborer l’emblème de la Tête de Maure — symbolisant la victoire des croisés sur les musulmans — sur ses armoiries, en souvenir de la reconquête chrétienne d’Espagne.

La Corse sous l’occupation Pisane

A partir de 1077, la Corse passe sous la domination pisane, le Pape Grégoire VII ordonnant à l’évêque de Pise de gouverner l’île. De nombreux couvents et églises pisans (comme l’église San Michele de Muratu) voient alors le jour et le territoire s’organise en 90 paroisses (pièves) dirigées chacune par un prêtre. Une paix relative s’installe.

L'Eglise San Michele à Murato, en Corse. Photo Ophelia2 sur Wikipedia.

Mais c’est sans compter sur la jalousie des Génois qui, à l’occasion de la bataille navale de la Meloria en 1284, prennent petit à petit possession des côtes puis de l’île entière.

La Corse sous l’occupation Génoise

S’ensuivent 5 siècles d’occupation génoise durant lesquels de remarquables tours de guet — les fameuses tours génoises — sont construites. C’est à la civilisation génoise que l’on doit également la naissance des villes de Calvi, Bastia, Saint-Florent, Ajaccio ou encore Porto-Vecchio. La République de Gènes tente d’instaurer la paix malgré la mésentente des petits seigneurs (“capi”) du sud de l’île et les prémices d’une révolution au nord.

La tour génoise de Turghiu, à 308 mètres d'altitude. Photo Anthony Luciani.

La révolution menée contre Gênes par Sampiero Corso

Un siècle plus tard, les troubles persistent encore. Soutenu par les troupes du Roi de France Henri II, Sampiero Corso, colonel de l’armée française, mène l’invasion de la Corse dans le but de défaire les Génois.

S’il parvient à s’emparer d’Ajaccio, de Bastia, de Corte et de Calvi, sa conquête est vite stoppée par la France qui, par l’intermédiaire du traité de Cateau-Cambresis, rend la Corse aux Génois en 1559. Mais Sampiero Corso refuse d’en rester là et continue le combat. Il récupère alors Vescovato et Porto-Vecchio en 1564 avant de devenir maître de l’intérieur de l’île.

Statue de Sampiero Corso, place du hameau de Santo à Bastelica, Corse
La statue de Sampiero Corso à Bastelica. © Jean Pol Grandmont sur Wikipédia

Accusé d’avoir étranglé sa jeune épouse, il est finalement tué lors d’une embuscade tendue par la famille de cette dernière en 1567. Plus personne n’ose alors s’opposer aux Génois qui gouvernent l’île de 1569 à 1729.

Théodore de Neuhoff élu roi de Corse pendant 7 mois

Au milieu du XVIIe siècle, la République de Gênes est sur le déclin. Plusieurs soulèvements populaires se succèdent afin d’obtenir l’indépendance de la Corse. Des gouvernements éphémères sont mis en place et c’est ainsi que le Baron Théodore de Neuhoff, gentilhomme allemand venu sur le territoire insulaire pour encourager les insurgés, devient le seul et unique Roi de Corse en 1736.

Il est le premier à proclamer l’indépendance de la Corse. Mais face à la résistance des Génois, Théodore Ier doit se résigner à quitter l’île. Il ne conserva donc sa couronne que quelques mois.

De 1738 à 1748, la France est sollicitée par Gênes et enchaîne les interventions militaires dans le but de maintenir l’ordre sur le territoire corse.

La déclaration d’indépendance de la Corse

Il est l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire de Corse. Dès 1755, Pascal Paoli, fervent défenseur de la démocratie et du progrès, tente de reprendre l’île aux Génois. Elu « Général de la Nation », il offre alors à la Corse 14 années d’indépendance.

Il crée, à Corte, un gouvernement de la nation corse et fonde une constitution républicaine, ce qui lui vaut le surnom de « Père de la Patrie » (“Babbu di a Patria”). C’est d’ailleurs sous son gouvernement que la Tête de Maure devient l’emblème officiel de l’île. Paoli en fait même un symbole de liberté en décidant de relever le bandeau qui couvrait autrefois les yeux.

Pascal Paoli, le Père de la Patrie Corse.
Pascal Paoli, le Père de la Patrie Corse.

Toujours installés sur l’île, les génois, ruinés et affaiblis, cèdnte la Corse à la France par la signature du Traité de Versailles en 1768. Pour conserver ce qu’il a construit, Paoli doit faire face aux forces françaises en organisant une résistance armée.

La bataille de Ponte Novu

Opposant les troupes françaises aux paolistes composés de Corses et de mercenaires allemands, la bataille du Ponte Novu a lieu le 8 mai 1769. Elle est remportée par les armées du Roi de France, Louis XV. Après sa défaite, Paoli se voit contraint de s’exiler en Angleterre. C’est la fin de la guerre de Corse. Voltaire dira plus tard :

“L’arme principale des Corses était leur courage. Ce courage fut si grand que dans un de ces combats, vers une rivière nommée Golo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de recharger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire ; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez les peuples libres.”

Voltaire
Bataille de Ponte Novu (8 au 9 mai 1769) entre l'armée française du comte de Vaux et les troupes nationalistes corses de Pascal Paoli
La bataille de Ponte Novu, sur le pont qui enjambe le Golu. © Wikipédia

La naissance de Napoléon à Ajaccio

C’est en Corse que nait, le 15 août 1769 à Ajaccio, l’un des personnages historiques les plus célèbres : Napoléon Bonaparte. Ses parents, eux-mêmes ajacciens d’origine italienne, et plus particulièrement son père Charles, s’engagent en faveur de l’indépendance de l’île portée par Paoli. Fortement influencé par les croyances politiques de son père, Napoléon voue pendant de nombreuses années un culte au chef des insurgés.

Après sa formation à l’école militaire de Brienne, il se pose finalement en faveur du ralliement de la Corse à la France. Ses rêves de pouvoir le conduisent à la tête de la France où il est sacré Empereur sous le titre de Napoléon Ier. Il passe donc la majeure partie de sa vie sur le continent sans oublier son île natale dont il reste très fier.

La découverte de la Grotta Scritta à Olmeta du Cap

Les montagnes du village d’Olmeta du Cap cachent une bien belle surprise : la « Grotta Scritta » (grotte écrite), localisée à 500m d’altitude renferme les seules peintures rupestres découvertes à ce jour sur l’île. Elles dateraient de l’Age de Bronze (2000 ans av. J-C), rappelant ainsi que la Corse est habitée depuis la préhistoire.

La libération de la Corse

Lorsque démarre la Seconde Guerre Mondiale, la Corse se veut déjà résistante et combattante. Des groupes antifascistes et antinazis voient le jour à Ajaccio et à Bastia. L’armistice franco-allemand signé le 24 juin 1940 par le Maréchal Pétain est brisé quand les troupes allemandes et italiennes envahissent la Corse pourtant déclarée comme étant une zone libre en 1942. On compte alors près d’un soldat pour 2 habitants ! Les Corses réagissent immédiatement et constituent un mouvement dévoué à la lutte antifasciste.

En octobre 1943, la Corse a l’honneur d’être le premier territoire français libéré suite à l’arrestation de Mussolini et la signature d’un armistice avec l’Italie. Celle-ci passe alors du côté des alliés et repousse les troupes allemandes, avec le soutien des corses.

Les événements d’Aléria

Le 21 août 1975 marque le début du combat nationaliste sur le territoire insulaire. Environ 50 agriculteurs corses armés dirigés par Edmond Simeoni — chef de l’Action pour la Renaissance de la Corse — prennent en otage un viticulteur pied-noir qu’ils soupçonnent d’escroquerie financière et d’ajouter du sucre dans le vin pour augmenter son degré d’alcool. Lorsque les forces de l’ordre lancent l’assaut pour libérer le viticulteur, l’opération dégénère. La Corse déplore 2 morts du côté de la police et 1 blessé du côté des militants.

Un an plus tard, le Front de Libération Nationale de la Corse voit le jour et revendique entre autre l’autonomie et la défense de la langue et de la culture corses.

J’espère que ces 12 grands moments de l’Histoire insulaire vous auront permis de découvrir l’île autrement. N’hésitez pas à me suggérer vos autres dates-clés en commentaire.

Ange Pozzo di Borgo
Ange Pozzo di Borgo

Amoureux de Syracuse mais originaire de l'Ile de Beauté, Ange coordonne notre équipe éditoriale en Méditerranée et gère les relations avec nos partenaires locaux (artisans, acteurs du tourisme...).

24 commentaires
Gilles Le 27 novembre 2022 à 09:54

Lire ceci après avoir été plusieurs fois sur l’île de beauté, est exceptionnel. Deux fois en tant que militaire à la citadelle d’Ajaccio et celle de Bonifacio puis en 2019 simple touriste toujours autant attiré par la Corse. Hélas, des les années 2000 le ministère de La Défense s’est désengagé et les plus beaux monuments, laissé finalement à l’abandon. C’est mon constat lorsque que j’y était en septembre 2019. Que ce soit la citadelle d’Ajaccio où Bonifacio, j’ai été triste de voir ce patrimoine à l’abandon. La corse est belle et le restera à jamais. Mon grand-père que je n’ai pas connu est né sur cette île somptueuse et donc je suppose que le sanguin que je suis vient aussi de ses gènes.

Le 28 novembre 2022 à 16:21

Bonjour Gilles, merci pour votre commentaire. Aujourd'hui la citadelle d'Ajaccio est ouverte au public et associée à un grand projet de revitalisation culturelle et architecturale. En espérant que ça mène à de belles choses.

André Cervoni Le 24 novembre 2022 à 22:34

Monsieur POZZO DI BORGO je vous laisse mon téléphone 0607250783. Je vous donnerais ma façon d'analyser l'histoire de la Corse par rapport aux relations entre les corses , Pise, Gene,les invasions, la France, la papotée, les guerres , la Resistance, ma rencontre avec St Exupery à Borgo. Au plaisir. Monsieur. André CERVONI.

Daniel Le 21 novembre 2022 à 15:59

l'avion de St Exupery retrouvé des décennies plus tard grâce au filet d'un pêcheur.

Dominique Le 8 novembre 2022 à 21:37

Mon village Isolaccio Di Fuimorbo à connu une déportation de masse en 1808, le général Moran délégué par Napoléon en est l instigateur.... Bientôt un livre paraîtra à ce sujet....

Vincent Le 8 novembre 2022 à 03:50

Très bon résumé. Je pense cependant qu'il y manque l'énorme impact de la premier guerre mondiale sur la population mâle corse, entre les morts et les blessés de la guerre et tous ceux qui sont restés tenter leur chance hors de l'île. Bravo !

Le 14 novembre 2022 à 17:25

Merci Vincent. Et en effet, pour avoir moi-même réalisé une étude sur les monuments aux morts dans les villages du Centre-Corse, je confirme que les pertes pour certaines communes étaient énormes, dévastatrices.

Merci

Votre commentaire est maintenant en attente de modération.

Laisser un commentaire

À faire en Corse

Le port de Limeni dans le Magne, Grèce.
fleuve de l'alcantara
Porto Flavia en Sardaigne
Suivez-nous en Méditerranée