phare de senetosa

Après une belle randonnée côtière, dormir au Phare de Senetosa, comme les gardiens d’antan

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En Corse comme ailleurs, il y a des randonnées qui surpassent les autres ; des marches plus confidentielles, et pourtant uniques en leur genre. Imaginez un sentier qui longe une côte d’émeraude, enveloppé d’un maquis aux senteurs chaudes et boisées, et qui se termine, au coucher du soleil, au pied d’un phare dans lequel vous pouvez passer la nuit. 

Ce sentier de randonnée, c’est celui qui relie la massive tour génoise de Campomoro (Campumoru) au Phare de Senetosa, en Corse-du-Sud, entre Propriano et Bonifacio. Mon frère l’avait déjà arpenté en 2019 (sans toutefois y dormir - une erreur à corriger sans doute) et en avait ramené des souvenirs inoubliables.  

Alors aujourd’hui, je vous partage ma discussion avec Eric Susini, l’un des heureux “gardiens” du “Fanali di Senetosa” - comme on dit dans le parler Sartenais. Avec beaucoup de passion, il m’a parlé de l’histoire de Senetosa, des moyens de s’y rendre, des conditions d’hébergement, en complétant tout ça de quelques conseils pour les voyageurs qui veulent ajouter cette expérience originale à leur prochain séjour en Corse. 

phare de senetosa en corse du sud
Le phare de Senetosa et ses deux tours uniques en leur genre. © Derwuth

Où se situe le phare de Senetosa ?

Prenez la carte de Corse, et descendez en direction du sud-ouest, sur les côtes majestueuses de la micro-région du Sartenais-Valinco. Pour arriver à “proximité” (si l’on peut dire) du phare, il faut compter 1h45 à 2h en voiture depuis Ajaccio, ou 1h15 en remontant depuis Bonifacio. Nous ne sommes qu’à une vingtaine de minutes de Sartène, celle que Mérimée surnommait “la plus corse des villes corses”.

Mais situer le “Fanali di Senetosa” ne suffit pas. Car le site dans son ensemble couvre une portion maritime préservée qui s’étend de la tour génoise de Campomoro (plus au nord, vers Propriano) jusqu’au phare, donc, plus bas, et continue - pour les meilleurs marcheurs - jusqu’au village portuaire de Tizzano. 

Voyez les points sur la carte pour mieux visualiser :

carte sentier campomoro senetosa
Les points-clés du chemin de randonnée entre Campomoro et Tizzano. © Ithaque

Maintenant que vous voyez à peu près où vous rendre, laissez-moi vous raconter l’histoire de la tour de Campomoro, puis celle du phare de Senetosa. Et si vous n’avez pas le temps pour ça (dommage), descendez directement aux indications concernant le parcours de randonnée, plus bas dans l’article. 

Quelle est l’histoire du phare, et du site naturel qui l’entoure ?

Parlons un peu des événements historiques qui ont mené à la création de ce vaste site naturel et patrimonial, qui s’étend sur 2300 hectares de Campumoru à Tivedda. 

L’histoire de la tour génoise de Campomoro

La tour de Campomoro est tout simplement la plus massive de toute l’Ile de Beauté. Les génois ont présidé à sa construction au 16ème siècle, dans un but défensif ; à l’époque, et depuis des siècles, la Corse subissait fréquemment des razzias dévastatrices menées par les maures. 

C’est le tristement célèbre “sac de Sartène” de 1583, au cours duquel 2000 pirates arabes attaquèrent la cité pour enlever des centaines de villageois, qui a poussé à l’édification urgente de cette tour. 

Avec ses 15 mètres de hauteur et son enceinte en étoile, elle fait face à la Méditerranée et accueille aujourd’hui les visiteurs pour une exposition (payante) permanente sur les tours génoises de Corse. 

L’ouverture de la tour de Campomoro se fait uniquement d’Avril à Octobre ; il est possible de la découvrir de l’extérieur avec une simple promenade (1h de balade en prenant le temps). 

tour génoise campomoro
La tour génoise de Campomoro. © The World Traveller

L’histoire du phare de Senetosa

Tout commence par un naufrage retentissant, m’explique Eric Susini : “celui du Tasmania, un vapeur britannique revenant des Indes avec à son bord une cargaison d’une valeur exceptionnelle (ivoire, opium, peaux, épices…) et plus de 300 passagers et membres d’équipage”

En pleine nuit d’avril 1887, alors que le navire vient de passer le phare de la Madonetta au large de Bonifacio, il vient se fracasser sur des brisants non loin de Roccapina (dont la plage et le lion de pierre font la renommée touristique de nos jours). Une partie des passagers et des marins meurent, tandis que les rescapés sont récupérés sur la côte le lendemain. 

La cargaison, à part les pierres précieuses, est donc engloutie avec l’épave. La société d’assurance de l’époque juge alors que la faute de ce drame incombe au manque de signalisation côtière… Dont la responsabilité rejaillit sur le Ministère français de la Marine. 

C’est ainsi qu’est actée la construction du phare de Senetosa, en 1894. Ce sémaphore complète celui du Cap Feno, moins connu - et qui guidait déjà les bateaux descendant vers le Sud. Il s’ajoute aussi à une ancienne tour génoise, la tour de Senetosa, qui, ironiquement, servait à observer la mer pour se protéger des raids barbaresques quelques siècles plus tôt…

On édifie le phare de Senetosa sur un principe unique en France : il possède deux tours, pour répondre aux particularités géographiques, puisque les déplacements des bateaux peuvent varier soudainement à cause des courants. Bien que le coût de construction dépasse la normale, notamment à cause des difficultés techniques et logistiques, on veut éviter de reproduire la catastrophe du récif des Moines.

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Le phare le plus isolé de Corse-du-Sud. © Sebastien Hovaguimian

Durant les soixante premières années, “les premiers gardiens vivaient au phare de Senetosa avec leurs familles”. On subsiste ici loin de tout, dans le phare qui se targue d’être “le plus isolé de Corse-du-Sud”. Même les embarcadères pour les bateaux ne résistent pas aux tempêtes qui frappent Senetosa.

Une vie d’ermite finalement abandonnée - ou presque - avec la mise en place en 1956 d’un nouveau système de travail (en rotation avec plusieurs gardiens). Il faudra attendre 1988 pour que le phare soit automatisé, marquant progressivement la fin de son occupation traditionnelle. 

“Des sociétés privées ont alors tenté de faire “main-basse” sur le phare, mais les gestionnaires du site (le syndicat Elisa), avec l’appui du Conservatoire du Littoral, ont réussi à le garder dans le giron public”, se rappelle Eric Susini. La réhabilitation du phare de Senetosa, “menée grâce à des fonds européens”, a permis de le transformer en refuge en 2016.

La randonnée de Campomoro à Senetosa (et par Tizzano).

Si vous êtes arrivé(e) jusqu’ici, c’est que la perspective de découvrir la tour de Campomoro et de dormir - peut-être - dans le phare de Senetosa vous motive… Alors parlons un peu de la randonnée qui vous attend ; sachant que plusieurs parcours côtiers sont possibles, selon la durée de marche que vous voulez endurer.

Le dénivelé est très faible dans l’ensemble, donc ce sentier du littoral est accessible à tout le monde. Vous déambulerez sur un chemin plat et sableux, parsemé de criques sauvages, de maquis parfumé et de panoramas lumineux. Les jours de vent, gare à vous quand même : il souffle fort dans cette région.

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Sur le chemin de randonnée de Campomoro à Senetosa. © Mathieu Pozzo di Borgo
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L'une des jolies criques observées entre Tizzano et Senetosa. © Mathieu Pozzo di Borgo

Le sentier part (au Nord) de Campomoro, jusqu’à l’Ermitage de la Trinité à Bonifacio (à l’extrême-Sud). Attention, précise Eric Susini, parce qu’il y a “des zones dont le conservatoire du littoral n’a pas encore pu prendre possession, ou que nous n’avons pas la possibilité d’entretenir suffisamment à l’heure actuelle”

En ce qui concerne le tracé Tizzano-Senetosa, pour le gardien du refuge, il est “compliqué de dire précisément combien de temps il faut pour faire ce parcours. On table sur 3h voire 4h, mais en mode “je monte vite”, on peut même le faire en un peu plus d’1h”

De Campomoro à Senetosa, c’est 4h à 6h, selon le rythme. Tout est expliqué clairement sur le site web du phare de Senetosa.

Pour les plus courageux qui souhaiteraient faire la randonnée complète, de Campomoro à Tizzano (et vice-versa), “c’est une journée de marche à prévoir, sur environ 20 km”

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Les magnifiques couleurs du littoral autour de Senetosa. © Mathieu Pozzo di Borgo

Comment se rendre au phare de Senetosa ? 

Vous l’aurez compris, côté marche, deux points de départ s’offrent à vous : soit au Nord, depuis Campomoro, soit au Sud, depuis Tizzano. 

Je vous conseille d’ailleurs de faire Tizzano - Senetosa en priorité, parce que les conditions de stationnement du côté de Campomoro sont bien plus drastiques ; impossible de se garer plus de 4h sur le parking du village (payant), car au-delà, c’est le PV garanti. Autant dire que si vous prévoyez de faire une randonnée de plus de 4h, c’est un problème (allez comprendre la logique). 

En résumé, pour aller voir la tour et cheminer un peu dans le coin (via le chemin dit "Bassa Torra"), pas de souci ; essayez juste de venir tôt en haute-saison, les places de parking sont convoitées. Pour aller dormir au phare, partez plutôt de Tizzano (au fond du hameau, au niveau de l’aire de stationnement prévue à cet effet). 

Enfin, si vous préférez prendre la mer, le phare de Senetosa peut être rejoint en bateau. Une belle expérience de cabotage en vue. 

Ni hôtel ni gîte, mais bien un refuge (pour 2 nuits maximum)

Contrairement à ce que certains articles pourraient laisser croire, le phare de Senetosa, souvent qualifié d’”hébergement insolite”, n’est ni un hôtel ni un gîte. C’est un refuge, au même titre que les refuges dans le GR20… A quelques différences près. 

“Les gens peuvent rester 2 nuitées maximum”, explique Eric Susini. La réservation se fait essentiellement par Internet, sur le site officiel, pour une gestion plus fiable des hébergements (prévoyez donc de booker votre nuit à l’avance). 

“Nous avons 4 chambres doubles dans le phare (20€ par personne), 2 dortoirs de 8 lits chacun (15€ par personne) dans le réfectoire, et une zone de bivouac qui peut accueillir jusqu’à 40 personnes et sera facturée 8€ la nuit”. Vous aurez donc à régler votre nuitée, la douche sur place, le petit-déjeuner, la location de draps, de tente… Sans oublier d’emporter avec vous de quoi manger, puisque “chaque client doit amener sa nourriture pour le soir. La politique est d’être accessible à tous, mais sans imposer un repas”.  

Précision cruciale : le refuge de Senetosa ouvre vers 18h, et ferme le lendemain matin vers 9h30 (pour l'activité d'hébergement). “On sert le petit-dej à 6h30 et jusqu’à 9h au plus tard”. Inutile donc de vous présenter sur place entre 9h30 et 18h, à part pour vous ravitailler en boissons et obtenir des renseignements.

Hors saison touristique, entre novembre et février, seuls les groupes de 10 personnes minimum sont acceptés - et sur réservation préalable. Important si vous comptez découvrir la Corse-du-Sud au coeur de l'hiver.

Quelques conseils avant de vous mettre en marche

Questionné sur les recommandations qu’il pourrait faire aux randonneurs, mon interlocuteur se remémore les cas d’insolation et/ou de déshydratation constatés ponctuellement au phare. “C’est la base, mais en période estivale, prenez de l’eau, au moins 2 litres par personne”.

“Privilégiez aussi, si possible, un départ tardif en journée, vers 16h30/17h, quitte à arriver à 20h ou 20h30. Cela permet d’éviter l’insolation, la fatigue extrême, surtout avec les chaleurs actuelles”. Et l’accueil sera toujours possible en soirée, donc autant éviter de s’exposer inutilement. 

Ce serait dommage de gâcher une expérience aussi exceptionnelle à cause d’un coup de chaud…

Pour aller plus loin : Facebook et Instagram du Phare de Senetosa, Facebook de la tour de Campumoru.

Ange Pozzo di Borgo
Ange Pozzo di Borgo

Amoureux de Syracuse mais originaire de l'Ile de Beauté, Ange coordonne notre équipe éditoriale en Méditerranée et gère les relations avec nos partenaires locaux (artisans, acteurs du tourisme...).

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