pont génois de muricciolu et moulin d'antan

Promenade jusqu’au Pont de Muricciolu, vénérable représentant de l’architecture génoise d’antan

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En plein cœur de l’Île de Beauté est nichée l’une des plus anciennes pièves de Corse : le Niolu. Terre de pastoralisme et de piété enclavée par les sommets les plus vertigineux de l’île, cette microrégion montagnarde serait peuplée depuis la Rome antique. C'est sur ce territoire que ma randonnée du jour vous emmène, avec pour destination le beau Pont de Muricciolu et son voisin, le moulin hydraulique d'antan.

Un pont génois qui traverse le temps en Corse

Au fil des siècles, les Niolins vont aménager l’espace naturel pour subvenir à leurs besoins élémentaires et pour commercer avec les différentes régions avoisinantes. La République de Gênes, qui prend le contrôle de la Corse en 1284, va également poursuivre le maillage du territoire par la construction d’édifices simplifiant les échanges, comme les fameux ponts génois

Facilitant le transport des principales productions de l’île (blé, huile d’olive, vin, châtaignes), ces ouvrages d’art en pierre qui sont synonymes de progrès ont été indispensables à l’essor de l’économie insulaire. Dans le Niolu, comme partout ailleurs en Corse, des ponts Génois ont été érigés au-dessus des cours d’eau afin de les traverser en toute sécurité.

pont de muricciolu
Composé d’une arche unique, le pont de Muricciolu aurait été édifié entre le 16ème et le 18ème siècle. © Sébastien Leroy

Sur la commune d’Albertacce, près de la forêt d'Aitone, le pont de Muricciolu est un vénérable représentant de cette architecture singulière. Composé d’une arche unique en forme de dos d’âne et d’un tablier étroit, le pont aurait été édifié entre le 16ème et le 18ème siècle.

Il permet d’enjamber le Viru qui prend sa source au pied de la Punta Minuta et de ses 2556 mètres d’altitude. Tempétueux à l’automne après les pluies diluviennes, le Viru est une petite rivière paisible où il fait bon piquer une tête lors des chaudes journées estivales.

Après Muricciolu, il poursuit sa route jusqu’au Ponte Altu, point de confluence avec le Golo dont il est l’un des principaux affluents. Les eaux du Viru et le Golo terminent alors leur chemin jusqu’à son embouchure sur la côte est, en faisant de ce fait le plus long fleuve de l’île. 

riviere viru corse
Tempétueux à l’automne, le Viru est une petite rivière paisible où il fait bon piquer une tête l'été. © Sébastien Leroy

Un point de passage sur le Sentier de la Transhumance

Situé à une altitude d’environ 850 mètres, le pont est accessible depuis la D84 à la sortie du village d’Albertacce. Il faut emprunter le célèbre Sentier de la transhumance qu’arpentaient les bergers dans le temps. En effet, les bergers Niolins effectuaient la transhumance avec leur troupeau entre la vallée du Niolu et celle du Falasorma, localisée sur la côte ouest de l’île.

Ce sentier, très bien entretenu et balisé, est une véritable petite aventure pour celles et ceux qui souhaiteraient emboîter le pas de ces pionniers. À travers vallées et forêts, cette trace qui conduit le randonneur de la mer à la montagne est une invitation à se dépasser et à rencontrer les natifs qui peuplent ces régions sauvages.

oratoire saint antoine albertacce
L’oratoire Saint-Antoine marque presque l’arrivée de votre randonnée. © Sébastien Leroy

20 minutes de marche accessible à tou(te)s... en plein soleil

Pour les moins téméraires ou sportifs, une marche d’une vingtaine de minutes seulement est à prévoir pour atteindre Muricciolu. Pour cela, il vous faut suivre le balisage orange jusqu’à l’oratoire Saint-Antoine qui marque presque l’arrivée. Il s’agit d’une sortie familiale où les enfants sont les bienvenus car aucune difficulté n’est à redouter, si ce n’est le cagnard sur ce parcours d’environ 2 kilomètres qui n’est pas abrité du soleil. 

Sur place, de nombreux bassins sont accessibles pour se rafraîchir et pour pique-niquer loin de l’agitation des villes. Dans ce cadre idyllique, où le bruit de l’eau et le souffle du vent dans les pins ne font plus qu’un, l’imagination se perd dans les gestes d’antan lorsqu’on observe le vieux moulin enraciné sur les rives du Viru.

vieux moulin corse à muricciolu
Ce moulin à farine hydraulique est desservi par le cours d’eau grâce à un canal en pierre et une passerelle en bois. © Sébastien Leroy
ancien moulin hydraulique en corse
L’imagination se perd dans les gestes d’antan lorsqu’on observe le vieux moulin enraciné sur les rives du Viru. © Sébastien Leroy

Avec ses murs de granite, ce moulin à farine hydraulique est desservi par le cours d’eau grâce à un canal en pierre et une passerelle en bois. Vraisemblablement construit entre le 18ème et le 19ème siècle, le moulin aurait fonctionné jusqu’aux années 50. Les meuniers qui y travaillaient devaient très certainement moudre des châtaignes pour les transformer en farine, comme en témoigne la présence d’une belle châtaigneraie qui ne semble plus entretenue.

Au-dessus du site, c’est à environ 1000 mètres d’altitude que pins laricio et châtaigniers s'entremêlent pour ne former qu’une seule entité. 

S'aventurer de sommets en cascades, au-delà du Pont de Muricciolu

Pour en découvrir plus dans le secteur, il est envisageable de s’aventurer dans la vallée du Viru qui se trouve en amont du pont. Sous la bienveillance des Cinque Frati, sommet facilement identifiable, la virée peut mener jusqu’à l’auberge d’U Vallone qui est un point de chute connu des randonneurs sur le GR20. Dans une ambiance alpine, on trinque autour d’une bonne bière fraîche avant de s’endormir sous la tente.

Autre lieu emblématique de la vallée du Niolu devant lequel il est agréable de s’extasier : la cascade de Radule. Une randonnée d’une dizaine de kilomètres en direction du col de Vergio est à prévoir pour se rendre sur place depuis le pont de Muricciolu. Durant l’été, à quelques centaines de mètres seulement de la cascade, il est possible de se restaurer aux bergeries du même nom. 

Sébastien Leroy
Sébastien Leroy

Après 10 années passées entre Paris et Montpellier, Sébastien est retourné vivre sur l’île qui l’a façonné : la Corse. Enivré par la beauté brute qu’elle a à offrir, il aime y explorer sa nature sauvage.

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