cascade de l'ucelluline

Randonner jusqu’à la cascade de l’Ucelluline, d’un pont pisan à un hameau abandonné

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Certains endroits en Corse semblent concentrer tous les trésors de l'île en un même lieu. C'est vers l'un de ces territoires si particulier, sur le versant maritime de la Castagniccia, que mon reportage vous emmène : on y découvre, sur un même chemin, un pont génois, une châtaigneraie luxuriante, les ruines d'un hameau abandonné, une belle cascade, des édifices religieux d’antan et une série de petits villages surplombant la mer Thyrrénienne. 

Ce chemin, je l'appellerai, comme d'autres randonneurs, le “sentier de la cascade de l'Ucelluline”. Mais ce titre est loin de refléter la réalité de l’expérience…

De Corte à Santa-Maria-Poggio

Nous sommes partis une journée de juillet, écrasante comme partout en cette saison caniculaire. Le soir précédent, nous avons cherché, avec mon beau-frère, une randonnée qui puisse nous porter hors des tracés touristiques habituels, et ne dépassant pas 1h de distance en voiture depuis Corte, puis 4h à 5h de marche sur le sentier-même. 

Après pas mal de lectures de forums et de discussions, nous décidons de retourner en Castagniccia, où une précédente excursion nous avait laissé d’excellents souvenirs. Cette fois, notre route doit nous mener dans la région de Cervione, là où les villages surveillent la Méditerranée depuis les flancs protecteurs des monts. 

Le départ se fait à 6h du matin. A Corte, les premières lueurs du jour donnent au ciel des teintes orangées ; l’air reste encore agréable - loin des 38°C qui nous attendront plus tard au zénith. Les sacs à dos vérifiés (2L d’eau par marcheur, un bon paquet de canistrelli aux amandes, des casquettes pour éviter l’insolation…), Jérôme endosse le rôle du copilote. Direction Santa-Maria-Poggio, village de 780 âmes niché entre mer et montagne. 

Les 90 minutes qui suivent sont l’occasion de profiter du lever du soleil sur l'Île de Beauté, entre conversation et silences contemplatifs. A l’entrée d’Aleria, la voiture amorce la montée jusqu’à Cervione, avant de bifurquer vers notre village de destination : Santa-Maria-Poggio. Un très beau village de Castagniccia, dont je vous en parle plus loin dans le reportage.

sentier de randonnée de l'ucelluline
Un passage dégagé sur le sentier de randonnée qui nous approche de la cascade de l'Ucelluline. © Ithaque
strada di a serpentina santa maria poggio
Notre randonnée nous mène de maquis en villages, au coeur de la Castagniccia. © Ithaque

Un peu désorientés - je dois bien l’avouer - par les indications routières que nous avions notées, nous perdons 15 à 20 minutes avant de nous décider de nous arrêter à proximité du pont génois, dans le hameau de Pianelli. Ce n’est pas le point de départ de la randonnée qui nous avait été donné, mais qu’importe : le chemin part d’ici aussi. 

Plus précisément, pour vous qui tenterez la marche : parquez votre véhicule sur le terrain situé à quelques mètres en amont de l’église Pievanie Santa Maria (en réalité une petite chapelle visible à gauche de l’entrée du chemin). Si vous utilisez Google Maps, vous devriez vous trouver à une centaine de mètres du “Pont du Bucatoghju”, ou pont génois de Pianelli. 

Un magnifique sentier de randonnée… assez mal balisé

Les commentaires que j’avais pu lire le jour précédent auraient dû nous préparer mentalement… Parce que c’est une petite galère pour s’orienter sur ce chemin de randonnée. Impossible de ne pas faire quelques haltes pour s’assurer de prendre la bonne voie, ou, malheureusement, de ne pas emprunter de mauvais sentiers avant de rebrousser chemin.

Nous avons perdu 30 minutes à divaguer ça et là, malgré nos marches régulières dans les reliefs corses. En cause, les marqueurs du sentier effacés par le temps ou souvent recouverts par la végétation, quand ils ne sont pas tout simplement absents. 

Prenez bien le temps d’identifier les quelques panneaux, soit affichés d’un seul côté du chemin (à la descente), soit tombés au sol, soit noyés dans le maquis et les broussailles. Certains randonneurs disent sur les forums que des passages se font sur des sentiers privés, mais nous n’avons pas eu ce problème. Quelques discussions avec des locaux nous ont permis de ne pas nous égarer quand nous avions un doute sur l’orientation (surtout quand on arrive dans une zone d’habitation). 

panneau randonnée ucelluline
L'un des panneaux aperçus le long du sentier de la cascade de l'Ucelluline... à terre. © Ithaque

Dans l’ensemble, avant de vous raconter étape par étape notre petit périple dans le maquis, sachez que vous devrez marcher sur plusieurs portions de route, parfois pendant une vingtaine de minutes. Mais les routes ici sont peu fréquentées, donc pas trop de souci si vous longez bien les parapets de pierre et faites attention lors de vos passages dans les tunnels près de la cascade de l’Ucelluline. 

Voilà en résumé notre parcours en boucle de 4h environ (on a pris le temps et on s’est baignés dans l’eau très fraîche de la cascade) :

  1. Parking de Pianelli, près de l’église Pievanie Santa Maria 
  2. Promenade de 5 minutes en direction du Pont génois de Pianelli, qui enjambe le cours d’eau dit “Bucatoghju”
  3. Marche assez longue mais agréable, avec une petite montée et une vue exceptionnelle sur la plaine et la Méditerranée, jusqu’au hameau fantôme de Raghja (il faut bifurquer à gauche et prendre un chemin qui grimpe bien)
  4. Chemin jusqu’au hameau habité de Fanu, que l’on atteint dès qu’on voit une église médiévale sur la droite (terrain privé), et qui se traverse pour emprunter la route goudronnée…
  5. Marche sur la route jusqu’à la magnifique cascade de l’Ucelluline
  6. Passage du tunnel, remontée à pieds par la route jusqu’à Santa-Maria-Poggio, où l’on peut redescendre vers le hameau de Pianelli avant d’entrer dans le village - mais nous avons décidé de visiter un peu la petite commune et son église avant de reprendre le chemin à travers le maquis pour rejoindre notre point de départ
  7. Avant d’arriver au hameau de Pianelli, passage devant une grosse citerne

Je précise qu’un site archéologique est signalé à proximité ; mais nous n’avons pas réussi à le trouver au retour… Dommage. Ça n'enlève rien à la variété de ce parcours de randonnée !

1ère étape : Pont de Pianelli (ou Bucatoghju)

Une fois la voiture garée sous le seul arbre du parking, nous entamons notre randonnée sur un terrain plat. Quasi immédiatement, nous apercevons le premier bijou architectural du sentier : le pont "génois" de Pianelli, aussi appelé Pont du Bucatoghju, en référence aux eaux qui s’écoulent paisiblement sous son arche de pierre. 

pont de bucatoghju ou de pianelli
Le pont d'origine pisane qui enjambe le Bucatoghju, petit cours d'eau. © Ithaque

On dit que les génois ont édifié le pont du Bucatoghju au 16ème siècle, dans le but de faciliter les échanges économiques, les déplacements des bergers et des habitants, ainsi que le transport des ressources locales (châtaignes, blé, huile d’olive) indispensables au progrès insulaire. Mais la mairie de San Nicolao corrige en rappelant que ce pont daterait en réalité de l’époque pisane. Une restauration a été effectuée en 2007, d’où son bel état général.

Enveloppé par l’ombre d’un maquis dense et verdoyant, cet ouvrage mérite une petite pause photographique - ou simplement de plonger les pieds dans l’eau fraîche, pour l’admirer tout en profitant du calme qui règne ici. Plutôt en début de journée, quand les baigneurs et familles nombreuses n’ont pas encore envahi ses berges. 

2ème étape : Hameau abandonné de Raghja

Immédiatement après le passage du pont, et une première petite erreur d’orientation, le chemin se met à monter. Sur un terrain avoisinant, un agriculteur fait vrombir sa tondeuse. 

Une trentaine de minutes de marche à travers les chênes verts, les châtaigniers et les fougères abondantes nous mènent finalement jusqu’à un petit groupe d’habitations regroupées autour de rues carrossables.

Confirmation obtenue auprès d’une personne croisée à l’entrée de sa villa (que nous avions le droit de passer par ici - dans le doute), notre tandem reprend son rythme jusqu’à un croisement : nous avons alors le choix de continuer tout droit, jusqu’au village de San Nicolao - où l’on peut admirer l’une des plus belles églises baroques de Corse - ou de prendre la voie de gauche, vers le hameau abandonné de Raghja. 

panneau randonnée santa maria poggio san nicolao
Notre chemin peut prendre deux directions : Raghja ou San Nicolao. © Ithaque

C’est donc vers ce petit village fantôme que nous prenons le cap. Le dénivelé positif s’accentue rapidement ; puis, sous nos yeux, s’ouvre un vaste panorama donnant sur la plaine et son horizon méditerranéen. Quelle vue ! Il n’est que 9h30, et ici, nous commençons à ressentir plus fortement les rayons du soleil. Mais contrairement à tous ceux qui fourmillent sur le littoral urbanisé, nous sommes envahis par le calme et les odeurs des hauteurs. 

Quelques minutes plus tard apparaît le hameau de Raghja, ou plutôt ses vestiges repris par le maquis, dressés sur un belvédère exceptionnel mais isolés de tout. Murs partiellement effondrés, fenêtres traversées par les arbres et traces humaines éparses confèrent à ce lieu une intensité particulière ; comme une invitation au recueillement. On comprend mieux, dans des endroits comme celui-ci, pourquoi l’expression “maquisard” puise ses racines en Corse. L’île offre tellement d’espaces reculés pour celui qui veut se cacher…

village abandonne corse raghja
Aujourd’hui désert, le hameau de Raghja était habité jusqu’en 1930. © Ithaque
Hameau abandonné de Raghja
Ce village abandonné nous invite à voyager dans le temps en Corse. © Ithaque

Aujourd’hui désert, le hameau était habité jusqu’en 1930. On raconte qu’il doit son nom, “Raghja”, à la grande famille qui y vivait, les “Raggia” (comme mon nom de famille, Pozzo di Borgo, est associé au village disparu de Pozzo di Borgo, ravagé par les barbaresques au 16ème siècle). 

3ème étape : Hameau de Fanu

Le village suivant, très proche du hameau abandonné, garde encore ses habitants. Raghja derrière nous, une magnifique église médiévale encadrée d’un édifice privé nous signale l’entrée dans les ruelles de Fanu (Fano). Un hameau de charme, très calme, où l’on fait une halte de quelques minutes pour profiter de la vue d’un bleu azur et de l’architecture joliment entretenue.

Quelques clapotis de piscine privée résonnent derrière un muret, nous rappelant que nous sommes en saison estivale.

hameau fanu corse
Dans les ruelles de Fanu, un hameau de charme, très calme, où l’on fait une halte de quelques minutes. © Ithaque
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Une ancienne devanture dans le village de Fanu. © Ithaque

4ème étape : Cascade de l'Ucelluline

La suite se fait par la route. Peu de véhicules nous doublent à cette heure ; et de toute manière, l’escalier menant à la cascade de l’Ucelluline s’ouvre sur notre droite au bout d’une centaine de mètres. La montée est ardue, les “marches” glissantes si vous venez en tongs - à éviter absolument selon moi. Nous croisons à cette heure les premiers groupes de touristes venus découvrir la chute d’eau vertigineuse de l’Ucelluline. 

cascade de l'ucelluline
Les eaux fraîches de la chute d'eau de l'Ucelluline, sur les hauteurs de la Castagniccia maritime. © Ithaque

Cette cascade tombe entre les villages de Santa-Maria-Poggio et de San Nicolao, pour finir sa descente dans la mer. Au passage, elle offre aux (nombreux) curieux en quête de fraîcheur quelques vasques profondes où l’on peut se glisser - oh bonheur - après une bonne marche. 

Jérôme, dubitatif devant la roche glissante, préfère rester assis à admirer la cascade en mangeant une poignée de canistrelli, pendant que je fais redescendre ma température dans l’eau froide de l’Ucelluline (qui signifie "oisillon" en langue corse, si je ne l'ai pas encore dit). Une occasion rare en cet été brûlant, tant les cours d’eau insulaires sont au plus bas.

route randonnée cascade de l'ucelluline
Une portion de route qui mène de la cascade au village de Santa-Maria-Poggio. © Ithaque

5ème étape : Village et église de Santa Maria Poggio

15 minutes plus tard, on remet nos chaussures pour une “portion” de randonnée beaucoup moins palpitante. 20 minutes sur la route, toujours peu fréquentée, alternant entre passages ombragés et macadam brûlant. Si ce moment de la balade ne présente pas d’intérêt particulier (surtout pour Jérôme, qui préfère la nature sauvage), ça change radicalement quand on aborde Santa-Maria-Poggio. 

fontaine de la serpentina santa maria poggio
La fontaine de la Serpentina, à l'entrée de Santa Maria Poggio. © Ithaque

Notez bien qu’il existe un panneau indiquant le bon sentier à emprunter, une centaine de mètres en amont du village, sur la gauche. Nous l’avons volontairement dépassé pour visiter Santa-Maria-Poggio, avec sa fontaine dite “de Serpentina” et sa ravissante chapelle datée du 17ème siècle (à l’époque construite ici, sur les hauteurs, pour éloigner la population de la menace barbaresque et de la malaria). Cette chapelle se dresse au cœur de la commune, et se visite librement en journée. 

Ai-je besoin de préciser que ce balcon sur la plaine et la mer est somptueux ? Sur la ligne d’horizon, par beau temps, vous apercevrez l’île d’Elbe. L’occasion de vous rappeler qu’un célèbre empereur y fût un temps exilé…

église santa maria poggio
La ravissante chapelle de Santa Maria Poggio, datée du 17ème siècle. © Ithaque
église santa maria poggio
L'église de Santa-Mairia-Poggio est un havre de paix au coeur du village. © Ithaque

6ème étape : Redescente (laborieuse) jusqu'à Pianelli

Nous voilà arrivés au bout de cette randonnée atypique, mêlant nature préservée, patrimoine architectural d’une grande variété… Et marche sur le bitume. 

Pour garder un bon souvenir de l’expérience, évitez donc de commettre le même impair que nous : retournez prendre le sentier en amont du village. Car, trop confiants en notre intuition, nous avons opté pour une marche par la route inutilement longue en descente. 

Reste que, 4h après notre arrivée sur le parking de Pianelli, nous sommes rentrés à Corte relaxés, pleins de bons souvenirs et heureux d’avoir osé cette randonnée plus confidentielle. A vous maintenant de voir si vous êtes prêt(e) à suivre notre chemin…

Ange Pozzo di Borgo
Ange Pozzo di Borgo

Secrètement amoureux de Syracuse, mais originaire de l'Ile de Beauté, Ange coordonne notre équipe éditoriale et gère les relations avec nos partenaires locaux (artisans, acteurs du tourisme...).

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