© Sébastien Leroy
apiculteur corse ciccoli

François Ciccoli, apiculteur : “La Castagniccia est l'endroit idéal pour faire du miel en Corse”

Par Ange 5 min. de lecture
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Ce n’est pas son métier d’origine, mais comme d’autres avant lui, François Ciccoli est “tombé dedans” en aidant son père à maintenir sa production de miel artisanal. Apiculteur à Valle-di-Campulori, au pied de la Castagniccia et de ses villages de charme, il produit des miels emblématiques du terroir corse, avec quelques particularités qui font sa fierté. Ensemble, nous avons parlé des atouts naturels de sa micro-région, des miels de sa production et des enjeux qui pèsent sur les colonies d’abeilles. 

Direction la Haute-Corse, près des rives de la Plaine Orientale. 

Au sommaire
  • Apiculteurs corses de père en fils depuis 1965
  • Le littoral de la Castagniccia, territoire idéal pour l’apiculture
  • Tous les types de miels corses AOP… Et leurs dérivés
  • Les colonies d’abeilles face aux aléas environnementaux

Apiculteurs corses de père en fils depuis 1965

A l’origine, on trouve Henri Ciccoli, le père fondateur de la maison Ciccoli en 1965. Durant des décennies, l’apiculteur, épaulé par ses jeunes fils, n’a de cesse de perpétuer la tradition, le savoir-faire apicole insulaire, tout en initiant de nouvelles méthodes de travail pour améliorer la conduite des colonies et l’élevage des reines. 

L’héritage d’Henri Ciccoli passe en 1991 entre les mains de ses deux fils, François Ciccoli notamment. Ils reprennent l’exploitation, sans cesser de suivre les conseils expérimentés de leur paternel. 

apiculteur corse © Sébastien Leroy
Pour l'apiculteur, la Castagniccia est le meilleur endroit pour faire du miel en Corse.

“J’ai grandi là-dedans. Tout-petits, on a toujours aidé notre père. C’est un travail familial, quelque chose de naturel ; même si c’est parfois difficile avec les anciens quand on veut investir et se développer.”

alvéoles de miel corse © Sébastien Leroy
Les frères apiculteurs sont tombés dans le métier tout-petits.

Dès la création de l’AOP en 1998, les apiculteurs natifs de ce petit village de 360 âmes décrochent le précieux label. 

En 2019, la reconnaissance s’impose suite à une rencontre fortuite sur le salon Taste of Paris : les frères Ciccoli candidatent pour le Collège Culinaire de France (en proposant leur vinaigre de miel), et sont retenus. Désormais membres de la belle institution gastronomique, ils continuent de développer leur rucher d’élevage et la miellerie - même si les conditions climatiques et l’effort nécessaire leur imposent de nouvelles contraintes. 

Miel de Maquis de Printemps - AOP 300g
Miel de Maquis de Printemps - AOP 300g

Un miel puisé dans la flore printanière.

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rayons de miel corse © Sébastien Leroy
Les délicieux rayons de miel corse produit par Ciccoli Apiculteurs.

Le littoral de la Castagniccia, territoire idéal pour l’apiculture

L’histoire parcourue, je questionne François sur son territoire, et l’attachement particulier qu’il lui inspire. Amusé, et faussement orgueilleux, il me rétorque que c’est “le meilleur endroit pour faire du miel en Corse” - et je ne le contredirai pas, tant la Castagniccia a conquis mon coeur ces dernières années. A ce sujet, je vous invite à lire mes deux reportages sur mon excursion dans la Castagniccia et sur la randonnée de l’Ucelluline

Nous sommes ici sur le littoral de la Castagniccia. Face au bleu azur de la mer Tyrrhénienne, dos aux montagnes peuplées de villages en nid d’aigle : Cervione (haut-lieu de la noisette en Corse), Santa-Maria-Poggio, San Nicolao… Pour ne citer que ceux-là. 

“On a des agrumes dans la plaine (citronniers, orangers, clémentiniers), la châtaigneraie sur les hauteurs, le maquis de vallon qui connaît moins la sécheresse et offre du ciste, de la bruyère blanche, de l’asphodèle, de l’arbousier… Ici, les abeilles se régalent.” 

apiculteur corse au travail © Sébastien Leroy
Les apiculteurs initient de nouvelles méthodes pour améliorer la conduite des colonies d'abeilles corses.

Tous les types de miels corses AOP… Et leurs dérivés

Nous évoquons ensuite le plus important, ce produit que les grecs considéraient comme la nourriture des dieux, et qui se décline en 6 “familles” typiques en Corse. La famille Ciccoli produit ainsi plusieurs typologies de miels, aux arômes et textures nuancées.

Miel de Maquis : épais, ambré, foncé, ce miel qui ne cristallise pas dégage des saveurs maltées, de réglisse, de caramel et de fruits mûrs. 

Maquis de Printemps : ambré, ce miel rappelle le caramel ou le cacao, et dégage des senteurs de réglisse ou de coco. Il cristallise lorsque l’automne arrive.

production de miel corse ciccoli © Sébastien Leroy
La famille Ciccoli produit ainsi plusieurs typologies de miels corses.

Miel d’Arbousier : plus fort en bouche que d’autres miels, celui-ci se caractérise par une couleur claire et ambrée. L’arbousier, marié au lierre et à d’autres essences du maquis, lui confèrent une amertume très typique. Idéal en cuisine sur un filet mignon, le miel d’arbousier est aussi le plus adapté aux cosmétiques. Etonnant !

Miel de Clémentinier : un miel clair, doux, floral, récolté juste avant l’été, qui ne cristallise qu’au cours de l’automne et retrouve facilement son moelleux.

Miel de Châtaigneraie : un miel puissant, avec une légère amertume, qui cristallise au bout d’un long moment. Il est produit “autour du châtaignier”, au milieu des ronces, clématites, anthyllis, genêts, nepita et sous-bois. Le miel de châtaigneraie est celui qui a le plus de propriétés antioxydantes. 

Mele di Corsica : unique aux frères Ciccoli, ce miel emblématique tire ses arômes et bienfaits du lierre. Très clair, particulièrement doux, crémeux, facile à tartiner.. 

“On a tendance à dire qu’un miel, ce n’est pas seulement la couleur, c’est l’usage qu’on en fait. Un miel très léger en cuisine va poser souci. Le miel de châtaignier passe mal dans le thé. Il faut associer le type de miel avec ce qu’on va manger pour que les arômes se combinent bien.”

Pour aller plus loin au sujet de la gamme des 6 miels corses, vous pouvez consulter le site de l’AOP

Sur cette exploitation, on s’attache à obtenir la plus haute qualité possible de miel, en conservant “le goût le plus originel possible, proche de celui qu’on récupère de la ruche, donc le moins chauffé possible”. François précise que ces attentions jouent sur la durée de vie du miel, comme le taux d’humidité : “le miel est hydrophobe, donc il faut lui éviter le plus possible de rester au contact de l’air, qui est plus humide que le miel. Ça le dégrade quand on le laisse trop longtemps”

En plus de leurs miels, les deux apiculteurs corses produisent un hydromel (boisson fermentée à base d’eau et de miel, une des plus anciennes au monde), à la fois pour l’originalité du breuvage, et dans une logique de développement durable, “parce qu’on récupère et utilise les opercules”

Les colonies d’abeilles face aux aléas environnementaux

Avant de laisser François Ciccoli à ses occupations, je prends un moment pour aborder le sujet environnemental. Il me détaille de nombreuses actions menées auprès des colonies pour s’assurer du bien-être des abeilles : lutte contre les déperditions de chaleur ou maintien des températures du nid, blocage des attaques de frelons et intrusions de souris, protection contre l’humidité, renouvellement régulier de la cire… 

Si certaines ruches sont déplacées pour la transhumance vers le clémentinier, le châtaignier, l’arbousier, notamment, l’apiculteur reconnaît qu’une forme de pollution et de perturbation climatique se développe. “Déjà en 2016, notre récolte a été divisée par deux, avec le même nombre de ruches. On a dû doubler le nombre de ruches pour être capables de produire la même quantité de miel”. 

ciccoli apiculteur corse © Sébastien Leroy
François Ciccoli inspecte ses ruches.

Les fluctuations météorologiques, dont la sécheresse, ont un impact majeur ; les apiculteurs sont les premiers à constater - et subir - les effets de ces aléas sur une population d’avettes très sensible. “Si la floraison est décalée quand les populations d’abeilles ne sont pas constituées, alors les abeilles ne profitent pas du nectar au bon moment”. 

Sur une note optimiste, François Ciccoli conclut que “la nature va s’adapter, même si ça prend du temps”. On l’espère aussi…

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Ange Pozzo di Borgo

Amoureux de Syracuse mais originaire de l'Ile de Beauté, Ange coordonne notre équipe éditoriale en Méditerranée et gère les relations avec nos partenaires locaux (artisans, acteurs du tourisme...).

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