La bataille de Constantinople en peinture

La grande traversée des civilisations qui ont façonné la Méditerranée

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La Méditerranée est l'une des plus importantes régions de l'Histoire de l'Humanité, qui a vu naître et vivre les plus grandes civilisations : Egyptiens, Phéniciens, Romains, Grecs, Ottomans, Normands, Vénitiens, Arabes, Ibères, Génois, Carthaginois... Depuis l'Antiquité, elles ont façonné l'histoire du bassin méditerranéen et par la même occasion notre héritage culturel. 

Suivez-moi dans un voyage de plus de 8000 ans à travers l'histoire de la Grande Bleue, en compagnie des peuples les plus conquérants...

Les grands "débuts" de la Méditerranée dans l'Antiquité

L'Antiquité reste à ce jour le point de départ de la grande histoire du bassin méditerranéen, tant de grandes civilisations s'y sont succédées. Et non des moindres... Puisque dès le 4e siècle avant JC, les Egyptiens et le règne des pharaons ont laissé leurs traces le long de la Vallée du Nil. Pour la plupart des historiens, il s'agit là de la toute première civilisation qui a réellement participé au développement de l'histoire et de la culture méditerranéenne. 

Mais en histoire, tout n'est pas linéaire ; les grandes civilisations méditerranéennes ont ainsi tantôt succédé aux autres, tantôt coexisté. C'est ainsi le cas de la civilisation minoenne qui a participé activement au développement culturel, économique, agricole et commercial de toute la zone.

Tirant son nom du roi légendaire Minos, la civilisation minoenne a connu une phase de prospérité entre 2 700 et 1 200 avant JC. Cette civilisation antique doit son existence et son expansion a sa capacité à construire des navires pour commercer et occuper plusieurs îles méditerranéennes, en l'occurrence la Crète mais aussi Santorin dans l'actuelle Grèce. 

Site de Knossos en Crète
Le site archéologique de Knossos en Crète, associé à la civilisation Minoenne. © Neirfy sur Dreamstime.com

Le commerce et l'échange de marchandises ont été deux axes centraux dans le développement des plus grandes civilisations de Méditerranée. La mer Egée a ainsi été un théâtre impressionnant de va-et-vient de denrées de toutes sortes qui a permis à plusieurs civilisations dites "cycladiques" de prospérer à leur tour, entre 1450 avant notre ère et 1 100 av J.C..

Ce fut le cas pour les Archéens et les Doriens, deux grandes civilisations de la mer Egée. Les Ioniens comptent également parmi les peuples ayant laissé une forte empreinte dans l'histoire du bassin méditerranéen, un millénaire environ avant notre ère.   

Suite à cette domination commerciale et historique des peuples issus de la région des Cyclades, la Méditerranée a connu une nouvelle étape dans son histoire sous l'influence des Crétois. Là encore, c'est l'activité du commerce qui participe majoritairement à l'expansion des Crétois qui parviennent à repousser les limites techniques de la navigation sur la Méditerranée. Ce sont eux qui ont pour la première fois réussi à partir en mer des mois durant, faisant escale pour vendre leurs poteries et diverses denrées.  

Les Grecs, une civilisation de premier plan en Méditerranée

Le foisonnement des civilisations en Méditerranée est marqué par l'une des plus importantes de l'histoire du bassin : la civilisation grecque. Si certains historiens marquent le point de départ de la période de la Grèce antique - ou Grèce classique - lors des premiers Jeux Olympiques en 776 avant JC, la majorité d'entre eux le situe plutôt vers 1 100 avant JC. 

Les Grecs ont incontestablement apposé leur sceau dans la région, repoussant les limites géographiques de leur empire en faisant la conquête des bords de la mer Noire jusqu'au sud de la zone méditerranéenne, aux abords de la mer Rouge. La Grèce Antique est en réalité constituée de plusieurs peuples, comme les Achéens, les Ioniens, les Doriens ou les Eoliens. 

Si cette période démarrant 1000 ans avant notre ère reste à ce jour le point de départ historique du développement de la Grèce Antique dans le bassin méditerranéen, l'époque la plus faste et la plus notable est celle de l'époque dite "classique".

C'est au début du 5e siècle avant J.C. que les Grecs, réunis autour du pouvoir politique d'Athènes, parviennent à maintenir leur influence dans la région, repoussant notamment les tentatives d'invasions des Perses. Le 5e de même que le 6e siècle avant notre ère figurent parmi les deux périodes les plus importantes pour l'humanité car c'est au cours de cette période que la première démocratie de l'Histoire a été créée, en Grèce. 

temple grec à agrigente
Un temple grec dans la Vallée des Temples à Agrigente, en Sicile.

L'époque "classique" est le véritable âge d'or de la Grèce dans l'histoire de la Méditerranée. Le pouvoir politique, centralisé autour d'Athènes, fédère le peuple grec et étend son hégémonie sur toute la mer Egée. On parle alors de thalassocratie, soit un système politique fondé sur la domination par la mer.

Mais c'est bien la démocratie qui restera incontestablement le legs le plus important que la Grèce a concédé à nos civilisations actuelles. Si l'organisation politique est un élément central dans la culture grecque, l'artistique et le philosophique le sont également. Le 4e et 3e siècle av J.C. sont ainsi deux périodes des plus brillantes sur le plan intellectuel, dominées par les célèbres philosophes Platon et Aristote entre autres.    

Le déclin de la Grèce Antique intervient progressivement suite à la défaite de la guerre du Péloponnèse contre Sparte, au cours des années 431 à 404 av JC. Les cités grecques se trouvent affaiblies.

Le règne de Philippe II (359-356 av JC) est celui durant lequel ce roi entreprend avec succès d'étendre le Royaume de Macédoine sur toute la Grèce continentale. Les importantes réformes politiques et militaires qu'il a mises en place lui ont permis d'assoir la domination de la Macédoine - un état dans l'état - sur de grandes cités telles qu'Athènes et Thèbes. Fort de cette influence, Philippe II engage ses armées dans une ambitieuse expédition militaire contre les Perses.

Mort assassiné en 336, Philippe II est le père d'Alexandre le Grand qui reprend les rênes du royaume et poursuit la conquête militaire initiée par son père. Au cours de la période allant de 336 à 323 av JC, Alexandre le Grand parvient à dominer les Perses et à étendre le royaume Grec jusqu'en Asie.

Gravure Alexandre le Grand
Alexandre le Grand visite la famille de Darius. © Charles le Brun sur Wikipédia

Suite à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av J.C., l'hégémonie de la Grèce Antique touche à sa fin, l'empire étant alors divisé en quatre, soit le nombre des quatre généraux qui étaient jusque là sous ses ordres. Cette période marque ainsi le début de la Grèce dite "hellénistique".      

Les Phéniciens, civilisation méditerranéenne majeure

Toujours au cours de l'Antiquité, les Phéniciens ont été l'une des plus grandes civilisations de l'histoire de la Méditerranée. Peuple antique originaire des cités de Phénicie - qui correspondent à l'actuel Liban - les Phéniciens ont tenu un rôle majeur dans le développement historique, commercial et culturel du bassin méditerranéen.

La trace la plus célèbre de l'influence de la civilisation phénicienne étant sans contestation la création de l'alphabet dit "phénicien" aux alentours du 6e siècle avant notre ère, qui n'est rien d'autre que l'ancêtre de notre propre alphabet, découvert dans la cité de Byblos. Les Phéniciens ont connu une époque glorieuse en Méditerranée, entre 1 200 et 300 avant J.C.. 

Réputés pour leur sens incomparable du commerce, les Phéniciens étaient alors principalement installés autour de quatre grandes cités : Byblos, Sidon (Sayda), Arwad et Tyr. Après une période passée sous l'influence et la domination de nouvel empire égyptien, la civilisation phénicienne bénéficie d'une autonomie qui lui donne la possibilité de poursuivre ses activités marchandes par voie maritime et d'étendre ainsi considérablement ses réseaux commerciaux.

C'est cette maîtrise de la navigation couplée à une réelle dextérité marchande qui ont valu aux Phéniciens de pouvoir installer plusieurs cités sur des îles majeures telles que la Sicile, la Sardaigne, Chypre, la Turquie et même plusieurs régions d'Afrique du nord. 

Les Phéniciens étant un peuple essentiellement de commerçants (et non de guerriers), ils ont par la suite perdu leur autonomie. Ils sont en effet passés de force sous la domination successive des Assyriens, des Babyloniens, des Perses puis des Romains à compter du 8e siècle avant notre ère. Reste toutefois que les Phéniciens ont poursuivi leur expansion commerciale. 

La conquête Carthaginoise

L'habileté des Phéniciens pour la navigation et le commerce leur a permis d'étendre considérablement leur territoire et de s'installer sur les rives de l'actuelle Tunisie, dans la cité de Carthage en l'occurrence. Cette colonie de Phéniciens donne naissance à la grande civilisation des Carthaginois, peuple méditerranéen de l'Antiquité, dont l'origine remonte à 800 avant J.C..

Au fil des années, Carthage a progressivement pris l'ascendant sur les Phéniciens au point de devenir la civilisation dominante en Méditerranée. 

nécropole de chellah au Maroc, près de Rabat
Près de Rabat, les vestiges de la nécropole de Chellah, autrefois occupée par une colonie phénicienne et carthaginoise. © Alessandro0770 sur Dreamstime.com

Entre 814 avant JC et 146 avant J.C., les Carthaginois ont peu à peu pris le contrôle militaire et politique dans nombre de régions côtières du bassin méditerranéen, principalement sur toute l'Afrique du Nord mais aussi dans la zone géographique qui correspond à l'actuel partie sud de la péninsule ibérique. 

Le général Hannibal est sans nul doute le personnage le plus célèbre des Carthaginois, celui qui leur a permis d'étendre considérablement leur royaume sur la grande bleue. Hannibal s'est aussi illustré en résistant aux tentatives d'invasions des Romains, au cours de ce que l'on appelle les "guerres puniques". 

La deuxième guerre punique, qui s'est déroulée entre 218 et 201 av J.C., a par ailleurs grandement façonné la légende de ce général militaire d'exception. Car au lieu de résister à l'armée romaine, Hannibal quitte Carthage avec une armée en prenant la direction de l'actuelle Espagne qu'il traverse avant de franchir les Alpes. Il atteint ensuite les portes de Rome mais doit renoncer et se résoudre à retourner à Carthage pour tenter de défendre la cité. Il perd la troisième guerre punique contre l'armée romaine du célèbre général Scipion. 

En près de 700 ans, les Carthaginois ont été la civilisation antique majeure en Méditerranée, jusqu'à la troisième guerre punique qui a vu l'Empire Romain prendre totalement la main en 146 av J.C..    

La domination Romaine

Rome entreprend sa lente mais victorieuse conquête du bassin méditerranéen en imposant d'abord sa domination militaire et politique à l'Italie. La Cité-Etat, dont les origines relève encore aujourd'hui de la légende, parvient à transformer un ensemble de villages en une véritable cité organisée autour de chefs. 

Ce regroupement de villages qui constitua Rome s'est déroulé à partir du 8e siècle avant J.C. grâce à une conquête militaire couplée à l'assimilation des élites locales. A compter de cette période, Rome monte en puissance, tant dans toute l'Italie qu'en Méditerranée, passant d'un système de monarchie à une république puis à un empire autocratique. La République est bien entendu l'un des héritages les plus significatifs et importants de l'empire romain, même s'il est loin d'être le seul puisque la culture latine au sens large est directement issue de la Rome Antique.  

Plusieurs siècles auront été nécessaires pour que le pouvoir politique et militaire Romain prenne définitivement l'ascendant sur le reste de l'Italie. Dès sa fondation, Rome entre en effet en guerre contre les cités voisines et parvient progressivement à conquérir l'ensemble du territoire.

En 264 av J.C., soit lors de la première guerre punique qui oppose l'Empire Romain aux Carthaginois, toute l'Italie est déjà sous la domination de la cité Romaine. Les trois guerres puniques ont marqué un tournant majeur dans l'histoire de Rome, dans sa domination en Méditerranée. Car après avoir été menacée par le général carthaginois Hannibal, Rome remporte finalement la longue bataille et décide de détruire Carthage en 146 av J.C.. La célèbre locution latine "Delenda Carthago" signifiant littéralement "Carthage doit être détruite" aurait alors été prononcée par Caton l'Ancien et reprise par le Sénat Romain qui ordonna aux troupes militaires de détruire la ville. 

Forte de cette victoire, Rome se lance ensuite dans la conquête de nouveaux territoires, marquant ainsi le début de l'Empire Romain, en installant différentes colonies en Sicile, en Espagne mais aussi en Afrique du Nord. Autant de régions qui deviennent les toutes premières provinces romaines. 

Rome monte alors progressivement en puissance au fil des siècles, et connaît son âge d'or sous le règne de l'empereur Trajan (98-117 av JC).

Carte de l'Empire Romain éditée en 1880
La carte de l'Empire Romain à son zénith. Edition de 1880. © Grant Phillips sur Dreamstime.com

L'Empereur Hadrien, son successeur, met un terme à la vague de conquêtes militaires, estimant que certains territoires méditerranéens étaient trop difficiles à maîtriser. Il s'est fait largement connaître pour avoir inscrit l'Empire Romain dans un mouvement culturel, artistique et intellectuel plutôt que militaire. Il est d'ailleurs celui qui a transformé en profondeur l'Empire, délaissant plusieurs territoires tels que l'Assyrie et l'actuelle Arménie.

La période faste de la Pax Romana

S'ensuit alors une période de grande prospérité, de stabilisation politique et de paix avec la fameuse Pax Romana - la paix romaine. Plutôt que le militaire, Rome développe le commercial tout en continuant de protéger l'Empire d'éventuelles tentatives d'invasions.

Mais l'aspect culturel et intellectuel est également un pivot central dans le développement de l'Empire Romain, les populations de l'empire adoptant progressivement les habitudes de Rome. C'est tout le sens du terme "romanisation". Forums, temples, thermes et arènes et autres bâtiments et édifices caractéristiques de la culture romaine réunissent alors l'Agora, le peuple. 

La villa romana del casale en Sicile, photo lev levin pour Dreamstime
La Villa Romana del Casale en Sicile. © Lev Levin sur Dreamstime.com

C'est durant la période de la Pax Romana que Rome va considérablement étendre son empire politique, maritime et culturel sur l'ensemble des côtes méditerranéennes. A la seule puissance militaire et politique s'ajoute la puissance technique, les Romains étant alors les premiers à construire des navires marchands d'une capacité trois fois supérieure à celle de la flotte de l'Empire Grec.

Plusieurs siècles durant, la Méditerranée fut un "lac romain" entouré totalement par les colonies de l'Empire qui donna le nom latin de "mare nostrum", notre mer, à la Méditerranée. 

Rome face au Christianisme et aux "invasions barbares"

Alors romaine, la Judée - qui correspond aujourd'hui à une région se partageant entre la Palestine et Israël - donna naissance au Christianisme. La religion monothéiste s'étendit par la suite à l'ensemble de l'empire romain. 

En 313 après J.C., Rome connaît un bouleversement politique, l'Empire étant alors gouverné par des empereurs-soldats. Cette période marque par ailleurs le début du déclin romain, engendré en grande partie par de grandes invasions barbares en provenance d'Europe du Nord et d'Asie. Certains historiens ont toutefois nuancé les termes d'invasions barbares car il s'agirait plutôt en grande partie de mouvements de populations, de mouvements pacifistes qui ont néanmoins déstabilisé de nombreuses régions de l'Empire d'un point de vue culturel et politique.  

Reste que la chute de Rome demeure un tournant radical dans l'existence de l'empire romain, dans son emprise sur le bassin méditerranéen. Alaric, chef des Wisigoths, met a sac Rome en 410 après J.C. avant que Romulus Augustule, dernier empereur, n'abdique en 476. Ces deux dates sont celles qui sont encore aujourd'hui retenues comme étant celles marquant la fin de l'empire romain ou plutôt à son lent éclatement.

Plusieurs attaques de peuples issus principalement de Germanie sur la partie ouest de l'Empire - Hispanie, Gaule, Bretagne, Italie et Afrique du Nord -, le divise en royaumes devenus indépendants dès la fin du 5e siècle.

Seule la partie orientale résiste. Gouvernée depuis la ville de Constantinople, cette zone qui comprend alors la Grèce, la Syrie et l'Egypte, s'organise autour de ce qui devient l'Empire d'Orient, appelé dorénavant par les historiens Empire Byzantin. 

La résistance de l'Empire Byzantin

Les civilisations qui ont imposé leur domination dans l'histoire de la Méditerranée depuis l'Antiquité se sont parfois succédées et ont parfois coexisté. C'est le cas avec l'Empire Byzantin qui puise ses origines dans la création de l'Empire Romain et de sa division en deux parties : occidentale et orientale. 

La création de Constantinople en 330

L'Empire Byzantin est marqué par la création de sa capitale, Constantinople, soit l'actuelle Istanbul en Turquie. C'est en 330 que Constantin 1er crée la ville de Constantinople en lieu et place de Byzance. Constantinople devient alors la capitale de l'Empire Romain d'Orient, une immense zone couvrant toute la partie orientale du bassin méditerranéen. 

Murailles de Constantinople à Istanbul
Les murs de Constantinople encore debouts à Istanbul. © Scaliger sur Dreamstime.com

L'Empire Byzantin connaît son véritable essor suite à la chute de Rome en 476, grâce notamment à l'excellente qualité des relations commerciales que l'Empire entretient avec les pays bordant la Méditerranée et la Mer Noire. A ce développement commercial rapide s'ajoute un climat de paix qui dura plusieurs siècles.

L'empereur Constantin impulse un équilibre entre religion et politique qui permet d'apaiser toutes les tensions internes potentiellement dangereuses pour la stabilité de l'Empire. Il favorise le Christianisme comme religion tout au long de son règne et positionne dans le même temps Constantinople comme la "Nova Roma", la "Nouvelle Rome".

Mais l'histoire de l'Empire Byzantin n'a pas été linéaire, loin de là. Les historiens la divisent en trois parties :

  • celle de l'Empire Romain d'Orient, allant du 4e au 5e siècle
  • la période dite "Méso-Byzantine", du 7e au 12e siècle
  • puis la dernière période allant du 13e au 15e siècle

Car l'une des caractéristiques de la civilisation Byzantine réside dans le fait qu'elle a perduré durant plus de 1 000 ans et qu'elle a été la plus influente dans la Méditerranée durant dix siècles d'affilée. 

Un Empire qui vivra 1000 ans

La naissance de l'Empire Byzantin intervient réellement suite à la mort de Théodose 1er, le dernier empereur de l'Empire Romain unifié, en 395. L'Empire Romain est alors divisé en deux parties, une occidentale et l'autre orientale, et dirigée par les fils de l'empereur : Honorius et Arcadius.

C'est cette division qui est considérée comme étant le départ de l'Empire Byzantin car Constantinople prend alors peu à peu l'ascendant sur toute la zone. Mais en matière d'Histoire, rien n'est réellement figé puisque certains historiens remettent encore aujourd'hui en cause la date de 395 et lui préfèrent celle de 610 qui correspond au règne de Héraclius.

Reste que dès le 5e siècle, l'Empire Byzantin entre dans une longue phase de prospérité économique, débutée sous le règne de Constantin Ier et qui perdure sous celui de Théodose II (408-450). La cité de Constantinople poursuit son expansion et se dote de remparts et de murailles pour se prévenir des tentatives d'invasions.

Si des conflits religieux internes menacent l'équilibre de l'Empire en 430, la première invasion des Huns en 440 le fait vaciller. Attila parvient à mettre à mal l'Empire en ravageant des terres de la région du Danube. Théodose II se voit même contraint de lui payer un tribut annuel afin de garantir la sécurité des Byzantins. 

Si Constantin et Théodose II ont marqué de leur sceau l'existence de l'Empire Byzantin, l'empereur Justinien Ier a quant à lui été celui qui a conquis le plus de territoires. Durant son règne (527-565), les célèbres généraux Bélisaire et Narsès ont fait la conquête de provinces romaines de premier plan comme l'Italie, l'Afrique du Nord et l'Hispanie du Sud. 

Justinien Ier est selon la plupart des historiens l'empereur Byzantin qui s'est le plus inscrit dans la tradition romaine, certains le qualifiant même de "dernier empereur romain sur un trône byzantin". En témoignent ainsi deux faits marquants durant son règne : l'application du droit romain et l'Imperium, à savoir le pouvoir suprême détenu par une seule et même personne. Justinien se distingue également par sa religion puisqu'il prône le Christianisme. C'est d'ailleurs sous son règne que la célèbre Basilique Sainte-Sophie a été édifiée (523-537). Située dans l'actuelle ville d'Istanbul, la basilique a été durant de longs siècles la plus grande église chrétienne. 

Le déclin de l'Empire commence à partir du règne de Justin II (565-578) puis de celui de Tibère II Constantin (578-582) car plusieurs peuples tentent de mettre à mal les frontières de l'Empire. C'est les cas avec les Avars, peuple nomade issus des Huns, de Turcs et de Mongols qui imposent leur domination dans la région du nord du Danube.

Les Lombards font également parler d'eux, en parvenant à envahir le nord de l'Italie, pourtant encore sous domination Byzantine. A compter des années 570, les Slaves se lancent à leur tour dans des excursions militaires dans la partie sud du Danube. Dès lors, plusieurs empereurs byzantins tentent en vain de reprendre la main. 

Les Normands investissent aussi la Méditerranée durant deux siècles, au début du deuxième millénaire. Moins nombreux mais militairement puissants, ces guerriers venus du Nord réussissent à marquer culturellement certaines régions telles que la Sicile (où l'architecture normande a laissé ses traces) et l'Italie du Sud. Une monarchie nouvelle se met même en place.

château normand d'Enna
Le château Normand à Enna, au cœur de la Sicile.

Malgré les nombreuses turpitudes de son histoire, l'Empire Byzantin reste tout de même caractérisé par une longévité unique, qui dura un millénaire. Durant 700 ans, soit entre le 5e et le 12e siècle, Constantinople sera même le centre du bassin méditerranéen, son cœur économique et politique. Une longue période de prospérité qui touchera à sa fin avec les croisades à répétition.

L'Empire Ottoman en Méditerranée

Le 15e siècle est clairement marqué par la montée en puissance des Ottomans en Méditerranée. L'Empire Ottoman profite de l'affaiblissement des différentes forces en présence à l'époque, entre les Byzantins, les Romains et les Grecs. La Méditerranée se trouve divisée en plusieurs zones géographiques, culturelles et politiques et les Ottomans, emmenés d'abord par le sultan Mehmet II puis par le célèbre Soliman le Magnifique, entreprennent une conquête du bassin méditerranéen.

Peu à peu, les Ottomans tentent d'imposer leur domination dans la région, tentative fructueuse à compter de la chute de Constantinople en 1453, qui met un terme définitif à l'Empire Byzantin en Méditerranée. Les Ottomans s'emparent alors de la Grèce et d'une large partie du Maghreb à l'exception du Maroc. 

La bataille de Constantinople en peinture
L'assaut final des Ottomans sur Constantinople. © Steve Estvanik sur Dreamstime.com

Suite à la prise de Constantinople par les troupes ottomanes emmenées par Mehmet II, les Ottomans se lancent avec succès dans la conquête de plusieurs villes et territoires phares de Méditerranée sous le règne de Soliman le Magnifique (1520-1566) : les villes de Rhodes, Chio, Chypre, Alger, Tripoli ou encore Tunis tombent dans les mains de l'armée de l'Empire Ottoman.

Vers une coalition pan-européenne

L'armée Ottomane se sert de ces points géographiques stratégiques pour entreprendre des assauts sur la péninsule ibérique. Mais cette période n'est pas entièrement celle des Ottomans car ils se retrouvent confrontés à l'armée espagnole, sous le règne du roi d'Espagne Charles Quint (1516-1556). Soliman le Magnifique et Charles Quint vont engager leurs forces armées respectives dans de rudes batailles en vue de dominer le bassin méditerranéen. 

Après avoir fait main basse sur plusieurs territoires stratégiques en Méditerranée, les Ottomans vont devoir lutter contre une coalition européenne - la Sainte Ligue - dirigée par Charles Quint. En arrière-plan de ce conflit, de nombreuses razzias barbaresques menacent les îles méditerranéennes, comme en Corse, qui subit régulièrement des attaques brutales et voit ses enfants partir en esclavage en Afrique du Nord.

En 1538, une bataille à lieu entre la flotte turque et la flotte espagnole au large des côtes de l'actuelle Albanie. La célèbre bataille navale de Lépante de 1571 marque un tournant pour l'Empire Ottoman qui perd la manche mais pas encore la Méditerranée.

Car les nombreuses divisions politiques des chrétiens d'Occident tournent à l'avantage des Ottomans qui parviennent en 1661 à atteindre la ville de Presbourg et menacer Vienne. Victoire de courte durée pour les Ottomans... Car une nouvelle coalition européenne est constituée depuis l'Autriche pour faire tomber pour de bon l'Empire, à la fin du 17ème siècle.

Les forces chrétiennes, conduites par le souverain Charles V de Lorraine, parviennent à battre les Ottomans. Cet épisode met ainsi un terme à leur domination en Europe et en Méditerranée.

Pour la suite... C'est une autre Histoire.

Olivier Djebali
Olivier Djebali

Installé dans le sud de la France, Olivier a mené des études de commerce international et longuement voyagé avant d'orienter sa carrière vers la rédaction. Il contribue notamment à des revues d'actualité internationale et de voyage.

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