pollution plastique en méditerranée

La pollution en Méditerranée, un fléau qui étouffe tout l’écosystème

5 minutes de lecture 42 vues

La Méditerranée détient le triste record d'être à ce jour la mer la plus polluée au monde avec plus de 600 000 tonnes de plastique qui y sont rejetées chaque année. La pollution au plastique et aux hydrocarbures est telle que l'écosystème marin est durement impacté avec les conséquences néfastes que cela engendre sur la biodiversité et in fine sur la santé de l'homme.

De grandes ONG telles que WWF tirent la sonnette d'alarme depuis plusieurs années afin qu'une prise de conscience globale permette de limiter l'impact de l'activité humaine sur l'écosystème méditerranéen.

La pollution en Méditerranée atteint des sommets

600 000 tonnes de matières plastiques non traitées finissent irrémédiablement leur course dans la Méditerranée chaque année. C'est le constat alarmant qu'a mis en lumière l'ONG WWF dans son rapport annuel sur la pollution en Méditerranée. Je vous invite d'ailleurs à le consulter ici en PDF.

En cause : l'activité humaine, et plus précisément l'activité des 22 pays bordant la Méditerranée qui génèrent à eux tous 24 millions de tonnes de déchets plastiques par an. Dans le détail, cette masse colossale de déchets est enfouie à 42%, incinérée à 14% et seulement valorisée à 16% tout au plus. Résultat : 25% de nos déchets plastiques finissent dans les eaux de la Grande Bleue.

Les grandes métropoles méditerranéennes touchées par la pollution plastique. Source WWF.

Avec autant de déchets accumulés, la Méditerranée détiendrait même une concentration de microplastique quatre fois plus importantes que le 7e continent, le tristement célèbre continent de plastique. La Méditerranée est ainsi à ce jour la mer la plus polluée au monde tandis qu'elle ne représente que 0,8% de la totalité des eaux (mers et océans compris) de la Terre.

Si tous les pays bordant la Méditerranée ont bien entendu une responsabilité directe dans cette pollution dramatique pour l'écosystème et la biodiversité, force est de constater que certains d'entre eux ont un rôle plus néfaste que d'autres.

La triste première place du podium revient ainsi à la France qui est à ce jour le pays qui pollue le plus la Méditerranée, chiffres à l'appui : l'Hexagone génère chaque année 4,5 millions de tonnes de plastique.

Comment ces déchets sont-ils traités ? 76% sont enfouis ou incinérés tandis qu'à peine 22% sont recyclés selon les estimations les plus optimistes. Résultat : la France rejette près de 90 000 tonnes de matières plastiques dans la nature chaque année dont 10 000 tonnes directement dans la Méditerranée.

Un vrai paradoxe puisque la France fait beaucoup moins bien que d'autres pays méditerranéens tels que l'Italie, l'Espagne, la Slovénie et Israël alors que l'Hexagone est la plus importante puissance économique de la région.

D'où proviennent ces déchets plastiques et où finissent-ils ?

En prenant seulement l'exemple de la France, il est possible de saisir d'où provient la pollution plastique en Méditerranée. L'écrasante majorité des rejets (80%) résulte des activités côtières du fait de l'activité touristique et de la mauvaise gestion des déchets qui s'en suit. Avec plus de 200 millions de personnes qui passent leurs vacances en Méditerranée chaque année, l'activité touristique engendre à elle seule une hausse annuelle de près de 40% des matières plastiques.

Mais la pêche, le transport ou encore l'aquaculture participent également à aggraver la situation ; ces trois activités générant près de 10% des rejets plastiques.

Ces matières plastiques de toutes sortes flottent ainsi en surface durant au moins une année pour plus de 66% de la quantité totale. Près d'un quart terminent leur course sur les côtes et 11% tapissent les fonds marins.

Le plastique est un véritable fléau pour la biodiversité et la santé humaine car il met plusieurs centaines d'années à se désagréger totalement. Une fois dans l'eau, les rayons UV, la salinité de la mer, le mouvement des vagues et le vent décomposent les déchets plastiques pour en faire du microplastique. La concentration en microplastique atteint plus d'1 million de fragments par kilomètre carré.

La pollution aux hydrocarbures, l'autre fléau de la Méditerranée

Si la pollution en Méditerranée est principalement le fait des matières plastiques, une autre forme de pollution plus sournoise car moins visible est pourtant à l'œuvre. Il s'agit de la pollution aux hydrocarbures.

Chaque année, 400 000 tonnes de pétrole sont déversées dans les mers et océans du monde par les cargos et autres navires de transports et de pêches. Le dégazage et le déballastage sont deux pratiques interdites mais pourtant courantes et continues.

Des centaines de milliers de bateaux polluent la Grande Bleue.

La Méditerranée se trouve encore une fois en première ligne dans cette pollution au mazout et au pétrole car elle concentre à elle seule un quart du trafic maritime mondial. Près de 300 pétroliers naviguent tous les jours en Méditerranée ; 2 000 cargos et 220 000 navires marchands traversent la

Méditerranée chaque année. Leurs opérations volontaires de dégazage, de rejets d'huiles de vidange et de résidus de fuel représenteraient selon WWF l'équivalent du naufrage de l'Erika chaque semaine.

A cette pollution liquide s'en ajoute une autre tout aussi dramatique : la pollution atmosphérique. L'activité touristique est encore la principale cause du problème, car les gigantesques paquebots de croisière embarquant plusieurs milliers de personnes génèrent des quantités colossales de CO2 et de particules fines dans l'atmosphère.

A tel point que Marseille est devenue en 2019 la ville la plus polluée d'Europe. Les innombrables bateaux de croisière qui y jettent l'ancre laissent s'échapper dans l'air ambiant d'épaisses volutes de fumées, de particules fines et de polluants de toute sorte.  

L'impact de la pollution en Méditerranée sur l'écosystème

Ces centaines de milliers de tonnes de déchets plastiques couplées aux centaines de milliers de tonnes d'hydrocarbures qui polluent la Méditerranée ont des impacts dévastateurs sur tout l'écosystème marin.

Tandis que le bassin méditerranéen représente l'une des toutes premières réserves de biodiversité marine mondiale avec plus de 10 000 espèces, 15 d'entre elles sont directement menacées d'extinction du fait de la pollution.

Poissons de toutes sortes, baleines, dauphins, tortues, phoques moines, crustacés... Les espèces maritimes comme les oiseaux marins subissent de plein fouet les effets de la pollution. Ils ingèrent des quantités dramatiques de plastique ou se retrouvent pris au piège dans des déchets.

A tel point qu'aujourd'hui, 90% des espèces marines de la Méditerranée sont en contact direct avec le plastique tandis qu'en 1960 cette pollution ne concernait... que 5% des espèces. Les poissons mangent du plastique, les tortues mangent du plastique, les baleines, les dauphins, les moules et les huîtres également. C'est toute la chaîne alimentaire qui s'en trouve impactée, car la plupart de ces espèces finissent dans nos assiettes.

Nous mangeons donc également le plastique que nous rejetons dans la Méditerranée.

Pire encore, les fonds marins - comme le célèbre corail rouge de Méditerranée - est littéralement asphyxié par les déchets plastiques qui le tapissent car plusieurs milliards de tonnes de plastiques les jonchent. Algues, planctons, zooplanctons et microorganismes meurent lentement, entraînant avec eux la mort d'espèces marines qui ne peuvent plus s'alimenter correctement.

En parallèle, les innombrables additifs chimiques contenus dans les matières plastiques entraînent de graves perturbations du système endocrinien, provoquant un dérèglement hormonal chez de nombreuses espèces.

Pour autant, loin d'être une fatalité, la pollution en Méditerranée est un problème qui peut se résoudre. A l'homme de prendre ses responsabilités en réduisant voire en éliminant l'usage du plastique sinon en le recyclant de manière performante.

Il est plus que temps d'agir.

Sources : WWF, Ifremer, National Geographic.

Olivier Djebali
Olivier Djebali

Installé dans le sud de la France, Olivier a mené des études de commerce international et longuement voyagé avant d'orienter sa carrière vers la rédaction. Il contribue notamment à des revues d'actualité internationale et de voyage.

Merci

Votre commentaire est maintenant en attente de modération.

Laisser un commentaire
Nuraghe de Santu Antine, Sardaigne.
La cité médiévale de Monemvasia et son dédale de ruelles à flanc de mer, Grèce.
Suivez-nous en Méditerranée