une touriste en méditerranée

Voyager “éco-responsable” en Méditerranée : 8 réflexes pour un tourisme durable

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Si vous lisez cet article, c’est que vous vous posez les mêmes questions que moi au moment de planifier vos prochains voyages en Méditerranée (ou ailleurs, mais la problématique reste quasiment la même). 

Corse “expatrié”, je suis régulièrement amené à faire l’aller-retour entre le Continent et l'Île de Beauté pour revoir mes proches - ma famille étant restée dans les régions d’Ajaccio et de Corte. Sauf qu’aujourd’hui, la question de mon impact environnemental se fait “pressante” : impossible de nier l’effet néfaste de mes voyages sur l’écosystème Méditerranéen dans son ensemble… Même de manière indirecte. 

Vos pensées et valeurs personnelles sont aussi agitées par ce problème ? Tant mieux. Et nous sommes de plus en plus nombreux dans cette situation. Face aux évidences (nous n’arrêterons pas de voyager, et la Société ne prend pas assez vite la mesure de l’enjeu), une palette d’actions individuelles sont à notre portée. J’ai pris le temps de les lister ; si vous en voyez d’autres, dites-le moi en commentaire !

Voyons maintenant comment pratiquer un tourisme durable en Méditerranée, à travers 8 pratiques de voyage plus éco-responsables (inspirées des sources les plus fiables dans le domaine, telles que le National Geographic, la Fondation Tara Océan ou le Ministère de l’Environnement). 

La Méditerranée, première destination touristique mondiale

C’est un fait qui ne devrait pas se démentir dans les 5 prochaines années, selon l’ONU. La Méditerranée reste la première zone touristique du monde avec près de 400 millions de touristes accueillis chaque année. On estime d’ailleurs que la hausse de fréquentation tournera autour des +70% d’ici à 2030 !

“Plus que le tourisme en lui-même, c’est sa massification qui crée désormais de fortes inquiétudes. La croissance du tourisme mondial a en effet été considérable ces dernières décennies (+ 133 % en 20 ans).” 

Portail Environnement du Gouvernement

Quand on sait que le tourisme est la première industrie du monde, et représente une part majeure du PIB des pays méditerranéens, il y a de quoi s’alerter sérieusement. Car la région devient de fait un concentré de tous les fléaux associés à l’activité humaine.

Raison pour laquelle nous devons tou(te)s remettre en question nos choix de déplacement, d’hébergement, de loisirs et de consommation locale lorsque nous séjournons là-bas.

Un écosystème entier hyper-pollué et menacé

La Méditerranée se trouve ainsi à la croisée de toutes les dérives environnementales impliquées par notre présence : hausse des températures de l’air et de l’eau, pollution plastique dramatique, sécheresse et chute de l’hydrométrie, méga-feux, perte de biodiversité… 

La liste est longue. Si vous voulez mesurer l’étendue du problème, notre contributeur Olivier a publié un article assez édifiant sur les principales causes de la pollution dans la Grande Bleue

Qu’est-ce que le tourisme durable ?

Le tourisme durable serait-il forcément un tourisme qui privilégie les escapades côté nature ? Trop réducteur ; car on peut voyager de façon éco-responsable autant dans une randonnée de 5 jours en pleine montagne qu’au cours d’un city-break à Palerme. 

Par définition, si je reprends les principes fondateurs de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), le tourisme durable “tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil”. Source 

Le schéma ci-dessous reprend bien la conjonction des enjeux autour du tourisme durable, que l’on a tendance à réduire à la notion d’écotourisme - centrée sur la dimension environnementale du voyage.

schéma tourisme durable

D’après les principes établis de ce tourisme durable, un voyage respectueux du patrimoine et des habitants passe essentiellement par :

  • Une exploitation efficiente des ressources de l’environnement, en sauvegardant activement la Nature
  • Un respect de la culture locale, des valeurs traditionnelles des populations
  • Le soutien à des activités économiques viables et engagées sur le long terme

“Nous pouvons nous tourner vers un mouvement qui conjugue tourisme, respect des populations et des écosystèmes côtiers. [...] Le tourisme devient un lieu de rencontre entre la nature, la culture et les communautés présentes sur ces territoires.” 

Lola Martin and Maeva Ricci - Open Edition

Comment voyager de manière responsable ?

Exercice difficile, pour lequel chaque voyageur prendra la mesure à son niveau. A titre personnel, j’essaie désormais de respecter les bonnes habitudes prises chez moi, et de renforcer mes actions lors de mes séjours - même si honnêtement, il m’arrive d’être extrêmement frustré par le retard pris par les collectivités locales et acteurs du tourisme en Méditerranée…

Voyager hors des sentiers battus, et en “périodes creuses”

On a pu le voir durant la phase de confinement et de restrictions de voyage en Europe : la Nature reprenait ses droits rapidement. Choisir de partir en Méditerranée en dehors des pics touristiques, c’est permettre - un peu - à la vie locale, naturelle comme humaine, de réduire la pression, de se réapproprier l’espace, de respirer un peu mieux.

Saviez-vous que “95 % des touristes se concentrent sur 5 % des espaces dans le monde, en privilégiant souvent les mêmes périodes de l’année, avec une prédilection pour les sites naturels (en premier lieu, les zones littorales)” ? Source

Forcément, avec les périodes de vacances et l’attrait du balnéaire, une majeure partie des touristes se rue sur le bord de mer, les complexes hôteliers, les villages vacances… Et les plus belles plages méditerranéennes. Car la plage est sans surprise la destination de vacances la plus recherchée, au grand dam des protecteurs locaux de l’environnement.

Voyager en dehors des espaces et des saisons saturé(e)s de touristes, c’est aussi s’éviter les désagréments du trafic congestionné, les sites naturels et culturels bondés, la bataille des réservations, la hausse des prix... Et libérés d’un flux humain souvent source de tensions, les locaux accueillent souvent le voyageur de manière plus apaisée et hospitalière.

Alors oui, nous avons nos contraintes, professionnelles ou familiales, qui imposent un rythme de vacances… Mais pourquoi ne pas réfléchir à des moments plus authentiques, plus calmes et ressourçants, comme des séjours automnaux, voire hivernaux ? Car la Corse, comme la Grèce, se révèlent magnifiques et “vraies” lorsque la foule s’est évanouie…

Pour votre prochaine destination, éloignez-vous également des côtes et des cités balnéaires sans réel intérêt (désolé pour Porto-Vecchio). Redécouvrez l’intérieur des terres (bienvenue à Enna, nombril de la Sicile). Osez emprunter les sentiers que les locaux vous recommandent au détour d’une conversation, quitte à vous perdre parfois. Partez à la rencontre des gens.

Réduire l’empreinte carbone du transport

J’enfonce une porte ouverte, mais c’est inévitable. Tout commence ici. Car dans un voyage, notre “poids carbone” dépend en grande partie de nos déplacements, notamment par avion et par bateau, ou encore en voiture… Jusqu’à 75% de l’empreinte totale sur des longs voyages !

“L’empreinte carbone du tourisme est impressionnante : il est responsable d’environ 8 % du total des émissions de gaz à effet de serre de l’humanité, dont les trois quarts pour les seuls transports.”

Source

A l’évidence, un touriste conscient de son impact se tournera en priorité vers les mobilités douces (bus, train, tram, métro, vélo...). Mais vous me direz que c’est parfois compliqué lorsqu’on veut se rendre en Méditerranée, soit pour des raisons de temps de voyage, soit à cause du manque de moyens et d’infrastructures adaptées localement…

La règle à se donner est la suivante : choisir l’avion, le ferry et/ou la voiture (thermique) uniquement si c’est indispensable, surtout si vous avez l’habitude d’enchaîner les courts séjours avec un “poids carbone” important (le tourisme ayant beaucoup évolué vers des séjours moins longs et plus réguliers, sous l’influence du low-cost et du déconfinement). 

“En plus du CO2, l'avion répand également de l'ozone (O3), un gaz à effet de serre, et des cirrus (nuages de la haute atmosphère) qui ont un effet réchauffant.”

Geo.fr

Sans surprise, l’avion, comme le ferry, sont les pires élèves au niveau des émissions de CO² (et de particules fines pour les bateaux) par passager. Vient ensuite la voiture, épinglée sur des trajets à 1 passager ; si vous êtes plusieurs dans le véhicule, ou covoiturez, alors l’empreinte carbone en sera divisée par autant, évidemment. Voyagez groupés !

Le comparateur de la SNCF donne ainsi, sur la base d’un seul voyageur, le résultat suivant pour un trajet Paris-Marseille :

comparaison empreinte environnementale transports
Les différents modes de transport et leur impact en émissions de CO² © SNCF

Pour les voyageurs ouverts à un transport plus “slow”, doublé d’une expérience de traversée originale, la société Sailcoop s’est lancée en 2022 avec une offre de transport de passagers… à la voile, en Haute-Saison, entre le Continent et la Corse. 

Sailcoop prévoit de lancer d’autres parcours maritimes en Méditerranée, notamment vers les Baléares ou la Grèce. Ces voyages à la voile coûtent environ 200€, repas inclus, et invitent à participer à la vie à bord. Une idée engagée et singulière pour celles et ceux qui rêvent de prendre le large avec une empreinte carbone proche de zéro. 

Et au-delà des moyens de déplacement en eux-mêmes, si l’on veut évaluer notre empreinte carbone touristique ? C’est ce que proposent plusieurs calculateurs en ligne :

Eviter les activités sportives et excursions “destructrices”

60% des espèces végétales que l’on trouve en Méditerranée sont endémiques. En plus de la flore exceptionnelle dont dispose cette région, c’est toute une biodiversité qui s’épanouit dans ce berceau de vie terrestre et marine. 

“La Méditerranée ne représente que 0,7% de la surface des océans, mais constitue un des réservoirs majeurs de la biodiversité marine et côtière, avec 28% d’espèces endémiques et 7,5% de la faune et 18% de la flore marine mondiale. Cette petite mer semi-fermée est riche de nombreuses îles et bancs sous-marins. Il s’agit aussi d’une aire majeure d’hivernage, de reproduction et de migration.” 

SPA/RAC

La pression sur l’écosystème peut paraître anecdotique au niveau individuel, mais c’est l’addition des voyageurs qui pose problème. La fameuse massification du tourisme, avec le “parasitage” grandissant des habitats naturels que cela implique.

Comme le signalent Lola Martin et Maeva Ricci dans leur papier de recherche publié sur OpenEdition.org, “la période de confinement a permis à la faune et la flore de se développer selon des mécanismes qui leur sont propres, mais qui ont été mis à mal par la présence accrue des individus sur certains milieux. La faune était probablement obligée de fuir le bruit et la foule, présents de façon continue.”

Certaines pratiques de loisirs dégradent forcément plus que d’autres l’espace de vie extraordinaire des espèces méditerranéennes. A l’image des excursions effrénées dans les réserves naturelles (ce qui a notamment fait perdre son label de “réserve protégée” au parc marin de Scandola en 2020), des randonnées motorisées sur terre (quad) ou en mer (jetski, speedboat…), des vols de drones ou en hélicoptère... 

bateau de touristes en corse à bonifacio
Plus de bateaux, plus de monde, plus d'impact sur les habitats naturels. © Travelbook

“La situation actuelle peut se résumer sous la forme d’une équation simple : Grande richesse biologique + Forte pression anthropique = Érosion de la biodiversité. Déjà au moins 306 espèces animales et végétales sont menacées en Méditerranée.”

SPA/RAC

Il faut donc inciter chaque voyageur à respecter la biodiversité en évitant au maximum de la perturber dans son habitat, ou encore d’ajouter à la pollution atmosphérique ou marine avec des déplacements de loisirs “toxiques”. Choisir de voyager responsable, c’est choisir des activités non-intrusives et non-polluantes.

Choisir des hébergements et prestataires éco-responsables 

Urbanisation effrénée, surexploitation du littoral, épuisement des ressources… Les implications de l’immobilier touristique - ou de résidence secondaire, véritable plaie en Corse par exemple - sautent aux yeux. 

Il est aussi possible d’opter pour des alternatives “éco-friendly” en termes d’hébergement et d’activités. Plutôt que de réserver sans réfléchir des appartements dans des grosses résidences en front de mer, le voyageur soucieux de son impact environnemental pourra se tourner vers :

Cela ne signifie pas que les offres d’hébergement proposées sur les plateformes majeures du tourisme (Booking.com, Airbnb, Gîtes de France…) n’intègrent pas d’hébergements durables. Néanmoins il est compliqué d’y trouver facilement une mise en valeur des locations “écotouristiques”.

Limiter la pollution plastique et les déchets

Si vous lisez cet article (merci d’être arrivé(e) jusqu’ici), alors vous appliquez certainement déjà ces bonnes pratiques. Moins de plastique, moins d’emballages, tri des déchets, compostage - si vous disposez d’un jardin… 

“En Méditerranée, la libération du plastique devient de plus en plus problématique car les concentrations de microplastiques atteignent des niveaux records : 1,25 million de fragments par km².. Cette tendance s’accentue chaque été avec l’arrivée massive de touristes, générant une augmentation de 40 % de déchets. [...] C’est principalement au large de la Corse, près de l’Italie et des Baléares que ces concentrations sont les plus élevées.”

National Geographic

En plus d’étouffer les espèces marines, les plastiques libèrent des perturbateurs endocriniens qui ont des effets néfastes à long terme, autant pour la vie marine que pour l’Homme. 

les plastiques polluent la mer méditerranée
Les plastiques sont partout en Méditerranée.

Voici ce que je m’impose - au maximum - lorsque je voyage, en Méditerranée comme ailleurs :

  • Suivre les règles de recyclage de la commune
  • Utiliser des sacs et contenants réutilisables
  • Ne pas acheter de bouteilles en plastique, sauf nécessité 
  • Utiliser des produits de soin naturels et sans plastique

En plus de ces comportements, j’essaie de faire bouger les mentalités dans ma famille insulaire, parce que le tri n’est toujours pas rentré dans les usages… Surtout par manque de pédagogie et à cause de l’inaction frappante des acteurs locaux.

Utiliser l’eau (et l’énergie) raisonnablement

Plus que jamais, l’eau et les énergies sont des ressources à préserver et à “consommer” avec parcimonie - d’autant plus sur le pourtour méditerranéen, où les pratiques de villégiature estivales mettent ces ressources en grande tension.

Si on se concentre uniquement sur la Corse, à titre d’exemple, la période dite “de recharge” hydrométrique allant de septembre à mars s’est avérée en 2022 plus faible que le besoin en eau d’environ 25% ! Une partie de l’Ile de Beauté n’a quasiment reçu aucune précipitation en plusieurs mois, fait dramatique pour la faune, la flore et l'agriculture locales.

Lors de votre voyage, que ce soit en Corse, en Sicile, en Grèce ou ailleurs en Méditerranée, les bons gestes s’imposent : 

  • Evitez de remplir votre piscine (les rivières et les plages sont disponibles pour la baignade)
  • Limitez le gaspillage de l’eau, par des douches rapides, un arrosage intelligent, un bon remplissage du lave-linge et du lave-vaisselle, et en tirant moins souvent la chasse d’eau

Même réflexe avec la consommation d’électricité ou de gaz : “c’est pas Versailles ici” sera votre mantra durant tout votre séjour. Même les plus éduqués aux pratiques écocitoyennes défaillent quand ils ne sont pas chez eux…

Bonus : ce calculateur en ligne “Empreinte H²O” vous permet d’évaluer votre impact en consommation d’eau par semaine.

Consommer local et circuit-court, de saison

L’avantage des destinations méditerranéennes réside aussi dans leur agriculture et leur artisanat très riches et variés, hérités d’un savoir-faire traditionnel et séculaire. Alors autant en profiter pour soutenir l’économie régionale en choisissant de consommer en circuit-court, et notamment des produits de saison. 

Evitez absolument les zones commerciales et la grande distribution, dont une grande partie des produits sont importés (surtout dans les îles, qui nécessitent des approvisionnements coûteux en CO² par avion et par bateau), au profit des petites épiceries, des marchés de quartier (comme le “Marcatu Paisanu” d’Ajaccio), des foires et boutiques en direct-producteur. 

Un commerçant sur le marché d'aix en provence
Acheter sur les marchés favorise l'artisanat local et réduit l'impact environnemental. © Joe Sohm

Une recherche préalable à votre voyage vous permettra d’identifier les lieux de vente et les jours d’ouverture. Votre expérience de voyage, en plus d’être éco-responsable, passera par le plaisir des senteurs et des saveurs du pays.

N’oubliez pas non plus de vous renseigner sur la saisonnalité des produits que vous consommez : certains fromages, miels ou charcuteries (en plus des fruits et légumes) ne sont traditionnellement disponibles que durant quelques mois de l’année - tradition oblige. Sinon, c’est que vous faites des emplettes industrielles. 

Soutenir des associations engagées pour l’environnement

Enfin, un acte fort - qui ne nous dédouane pas de notre impact néanmoins - serait de faire un geste financier pour l’environnement, via des donations aux associations les plus engagées pour la préservation de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique.

Citons notamment la fondation Tara Océan, Good Planet, Solidarité Climatique, No Plastic in My Sea, France Nature Environnement PACA, U Levante (Corse), Sauver la Méditerranée

Autre possibilité, déjà proposée par certaines compagnies de transport : compenser vos émissions de CO². L’association Reforest Action permet de transformer vos dons en plantation d’arbres - opération considérée par certains experts de l’environnement comme une fausse bonne idée néanmoins…

Pour terminer ce long sujet, je vous recommande d’évaluer votre empreinte carbone plus globalement, en incluant le “poids” des voyages et déplacements, via l’application web HelloCarbo. C’est édifiant ! Vous y trouverez les pistes de rationalisation de votre impact, et y gagnerez peut-être aussi un peu… d’anxiété écologique.

Mais il est temps qu’on se réveille et qu’on agisse. La Méditerranée mérite plus que jamais qu’on la préserve.

Ange Pozzo di Borgo
Ange Pozzo di Borgo

Secrètement amoureux de Syracuse, mais originaire de l'Ile de Beauté, Ange coordonne notre équipe éditoriale et gère les relations avec nos partenaires locaux (artisans, acteurs du tourisme...).

Merci

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Nuraghe de Santu Antine, Sardaigne.
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