savon de marseille coloré

Savon, faïence, santons… L’artisanat provençal en 6 produits emblématiques

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Dans un mas provençal, il y aura toujours un fuseau de lavande dans les armoires à linge, un savon de Marseille sur l’évier de la cuisine, un mortier en bois d’olivier pour faire monter l’aïoli et des santons provençaux dans le crèche de Noël… Car l’artisanat provençal, ce ne sont pas que de simples souvenirs que touristes et vacanciers ramènent à la fin de l’été, ni de simples objets de décoration que l’on oublie au fil du temps. L’artisanat provençal fait partie intégrante de la culture et de la vie en Provence.

Tout voyage au cœur de la Provence est ponctué par la découverte des saveurs locales, les odeurs, et par la rencontre d’artisans passionnés. Qu’ils soient natifs de la région ou adoptés, enfants de cœur. Car en effet aujourd’hui, il est possible de visiter les ateliers dans lesquels se fabriquent les produits traditionnels locaux et emblématiques de la région. De nombreux ateliers ouvrent leurs portes pour expliquer comment se fabrique le véritable savon de Marseille, pour montrer la rigueur et la patience dont font preuve les artisans santonniers ou encore pour enseigner, selon la méthode traditionnelle, comment créer ses propres fuseaux de lavande.

A défaut de voyage en Provence, on vous plonge ici dans cet artisanat, symbole de la région.

Les créations en bois d'olivier 

En 1956, la France a connu une grande vague de froid, et le gel a dévasté de nombreux oliviers en Provence. Plutôt que de laisser mourir cet arbre mythique, de nombreux Provençaux ont préféré récupérer les troncs. Ils s’en sont alors servis pour créer sculptures et autres ustensiles de cuisine. Aujourd’hui, planches à découper, couverts, saladiers et autres sculptures en bois d’olivier trônent encore au cœur des maisons. Et pour cause, la dureté du bois et sa rareté. 

produits en bois d'olivier
Des produits artisanaux fabriqués en bois d'olivier. © Loisclare

En effet, la sculpture de bois d’olivier se fait surtout à partir des branches de l’arbre qui sont coupées, après récolte des olives, pour l’entretien et bien-être de l’arbre. Aussi, de nombreuses sculptures continuent à se faire, comme en 1956, après destruction des oliviers par le gel. Dans tous les cas, aucun olivier ne sera sacrifié pour cet art.

La rareté du bois vient aussi du fait qu’il doit être séché pendant 2 à 3 ans avant d’être travaillé. Et n’oublions pas que l’olivier est un arbre qui pousse très lentement... Ainsi, cette matière est rare, et le travail de sculpture est dur. Chaque objet, travaillé à la main, est unique. Le bois d’olivier est reconnu pour sa solidité ainsi que pour son esthétisme et toute sa symbolique. 

La faïence de Moustiers 

Il a toujours existé une tradition de céramique en Provence, dans de nombreux villages. La plus connue reste encore aujourd’hui la faïence de Moustiers ou plus exactement, de Moustiers Sainte-Marie. Un village dans les gorges du Verdon. 

faiences de moustiers en provence
Les créations en faïence de l'atelier Mufraggi à Moustiers. © Znm

L’histoire de la faïence s’est développée sous l’impulsion de Louis XIV. En voyant son trésor diminuer, il ordonna de faire fondre toute la vaisselle en or et en argent, permettant ainsi à la faïence provençale de faire sa place dans les cuisines et salles à manger de la bourgeoisie. En cuisine, où elle se décline à travers différents ustensiles (saucier, soupière, égoutte ustensiles…) et en salle à manger, où on l'utilise comme vaisselle. Fabriquée de façon traditionnelle à la main, à partir d’argile dont regorge le village de Moustiers, la faïence est cuite en deux temps et peinte encore aujourd’hui à la main. 

Parmi les autres céramiques provençales, on peut citer la poterie de Vallauris, la faïence d’Apt, les terres vernissées d’Aubagne ou les vases d’Anduze.  

Les fuseaux de lavande 

Dans beaucoup de tableaux que l’on se fait de la Provence, on imagine la lavande. Des champs de lavande à perte de vue, leur parfum, des abeilles. 

Ce parfum, justement, s'utilise dans de nombreux produits, naturels et moins naturels. Et c’est pour ce même parfum que les Provençaux créent des fuseaux de lavande depuis le XVIIIème siècle. Disposés dans les armoires des vieilles bâtisses, ils éloignent les mites et diffusent leur bonne odeur sur le linge. 

Fuseaux de lavande
Les fuseaux de lavande DIY par la blogueuse Fée Main. © Fée Main

Tous les fuseaux de lavande sont tressés à la main. Les brins de lavande sont retournés sur les fleurs, encore fraîches, durant l’été (de juin à septembre environ) et sont tissés avec du ruban coloré. Cette technique permet de conserver les huiles essentielles de la lavande. Ainsi leur odeur se diffuse pendant des mois voire des années. Ici, il s’agit surtout d’un artisanat et d’un savoir familial qui se transmet de génération en génération. 

Les santons 

Les santons (santoun ou “petit saint” en provençal), ce sont ces petites figurines d’argile faites et peintes à la main. D’ailleurs, certaines peuvent aussi être habillées de tissus provençaux...

santon de provence
Un santon typique de l'artisanat provençal. © Atlantismedia

Nés en Provence au cours de la Révolution Française, ils ont permis de remplacer les crèches des églises fermées à cette période. A l’origine, ils représentaient ainsi des personnages bibliques. Ils ont ensuite évolué pour reprendre de plus en plus les métiers et figures emblématiques de Provence comme le Berger, le Meunier, le Pêcheur ou encore le Ravi. Aujourd’hui encore les santons sont emblématiques de Noël, et la tradition de la crèche de Noël avec les santons perpétue. 

Tant que demeurent les santonniers à Aubagne, Marseille, Aix en Provence et Arles, demeure encore la tradition des santons.    

Le savon de Marseille 

L’emblème de Marseille, le fameux savon traditionnel aux huiles végétales, trouve sa place dans les cuisines provençales depuis le XVIIIème siècle. Que ce soit pour faire la lessive, se laver les mains, faire sa toilette… Depuis quelques années, on le retrouve aussi de plus en plus dans les cuisines et salles de bain de toute la France. En effet, 100 % naturel, il répond parfaitement aux envies de nature et de produits biologiques des Français. 

Le savon de Marseille est inspiré du savon d’Alep, pour autant, il profite bel et bien de son propre caractère. Même son procédé de fabrication, minutieux, est unique. Le véritable savon de Marseille est issu de ce que l’on appelle une saponification au chaudron. Il se compose exclusivement d’huiles végétales (certains diront à, au moins, 72 %).

Aujourd’hui on peut le trouver en barre ou sous forme liquide... Pour autant, le format traditionnel est un cube de 600 grammes couleur crème (à base d’huile de coco) ou brun vert (à base d’huile d’olive). 

boutique savon en provence
Dans une boutique de savons aux Baux de Provence. © Maison Pozzo di Borgo

Le tissu provençal, les "indiennes" et les "boutis" 

Sur tous les marchés provençaux, on trouve ces mêmes nappes, serviettes ou autres robes aux motifs provençaux… Des cigales, lavandes, oliviers et autres fleurs, dans des tons vifs et colorés. Mais le plus amusant est que ces tissus provençaux sont en fait appelés "indiennes".

C’est au XVIème siècle qu’ont débarqué pour la première fois dans le port de Marseille des tissus en coton (cotonnades) aux coloris très vifs et motifs floraux. Leur esthétisme et résistance aux lavages ont de suite séduit les commerçants. Ils les ont alors rapidement diffusés dans le bassin méditerranéen d’abord puis dans toute la France. 

En 1648, le premier indienneur ouvre à Marseille… Il n’offre pas la plus belle qualité à l’époque mais au fil des années, les Sudistes ont su gagner en savoir-faire, et les tissus en qualité, caractère et personnalité. De nouveaux indienneurs se sont ensuite ouverts à Arles, Avignon, Nîmes et Aix en Provence. Aujourd’hui, les fabricants les plus réputés de la région sont les Indiennes de Nîmes, Souleiado et bien sûr, les Olivades. Ces derniers continuent à imprimer leurs tissus à Saint Etienne du Grès, village au pied des Alpilles. 

Cependant, une référence aux tissus provençaux peut aussi être une référence aux boutis, “broderies à bosse”, qui désignent à la fois la technique et l’étoffe. La technique consiste à superposer deux étoffes de tissus puis de les coudre ensemble. On introduit ensuite du coton entre les deux épaisseurs. Boutis et indiennes représentent aujourd’hui les tissus provençaux, et on les trouve l’un et l’autre dans toutes les habitations. 

Le savoir-faire de la région est précieux. Nombreux sont les artisans qui perpétuent la tradition et transmettent leur savoir à leurs enfants et petits enfants. Et s’il y a bien un endroit où la tradition se conserve, c’est en cuisine. L’aïoli, l’anchoïade ou la tapenade se cuisinent dans toutes les familles, dans tous les villages.

Mathilde Tay
Mathilde Tay

Rédactrice culinaire expatriée de sa Provence natale, Mathilde associe son expérience de conceptrice-rédactrice à sa formation en cuisine pour vous partager ses connaissances nutritionnelles et ses recettes favorites.

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